DETTE publique

Dégradée par Moody’s, la France se retrouve confrontée aux dérapages de ses finances publiques

L’agence de notation a dégradé vendredi la France de Aa1 à Aa2, tout en maintenant une perspective stable. Motif invoqué? Une croissance trop faible, face à des dépenses publiques toujours difficiles à maîtriser.

La dégradation, vendredi soir, de la note souveraine française par l’agence Moody’s n’est guère étonnante. D’abord parce que les deux autres agences de notation internationales, Standard and Poors et Fitch, lui attribuent une note identique: la troisième meilleure possible, deux crans en dessous du triple AAA toujours accordée à l’Allemagne, et un cran en dessous du Royaume Uni noté Aa1 par Moody’s et Fitch, tandis que S&P accorde toujours à Londres son AAA, assorti toutefois d’une perspective négative.

Ensuite parce que les indicateurs français démontrent les difficultés économiques persistantes de l’hexagone: une prévision de croissance limitée à 1% pour 2015 (avec une croissance nulle au second trimestre); un déficit public envisagé à 3,3% pour 2016 mais compliqué par la colère des collectivités locales devant la baisse de leurs dotations d’environ 1,2 milliard; une incapacité à ramener les comptes de la sécurité sociale à l’équilibre en 2017, comme initialement promis. Le tout, plombé par un niveau de chômage toujours explosif: 10% en août, et 23,4% pour les moins de 25 ans. Soit 3,65 millions de personnes sans emploi selon le décompte officiel. Lequel, augmenté des catégories non comptabilisées (par exemple celle des personnes dépourvues d’un emploi fixe mais non indemnisés), se transforme en un chiffre «réel» sans doute supérieur aux cinq millions de chômeurs.

La nouvelle rassurante qui accompagne la notation de Moody’s est bien sur la réaffirmation par l’agence de la «solvabilité Française». «La dette française est parmi les plus sûres et les plus liquides au monde, avec une charge de la dette contenue a d’ailleurs aussitôt réagi le ministère français des finances. En ajoutant: La France dispose d’une base d’investisseurs solide et diversifiée. Cette confiance des investisseurs se nourrit d’une stratégie économique cohérente, que le gouvernement entend poursuivre avec détermination».

Sauf que là encore, l’ombre de dérapages toujours possible hante ces temps-ci la citadelle de Bercy, le siège dudit ministère à Paris. En début de semaine, le patronat s’est ainsi dit «stupéfait» de l’annonce du report de trois mois, jusqu’à avril 2016, de l’allégement de charges promis aux entreprises dans le cadre du pacte de responsabilité et de solidarité mise en place depuis le début 2014 pour favoriser la création d’emplois.

Autre souci: la hausse continue des dépenses de fonctionnement de l’Etat pointée par la Cour des comptes en mai dernier. Selon les juges chargés de contrôler les comptes publics, «des prévisions optimistes en recettes et des ajustements trop tardifs dans les dépenses» sont responsables de l’aggravation de déficit de 5,5 milliards d’euros en 2014. La progression des dépenses de personnel est notamment pointée du doigt, tout comme la sous-évaluation des dépenses sociales. La loi de finances pour 2015 prévoit un déficit ramené à 74,4 milliards d’euros contre 85,6 milliards en 2015 pour un PIB français estimé à 2065,7 milliards d’euros. A la fin du premier trimestre de cette année, la dette publique française s’élevait pour sa part à 2089,4 milliards d’euros soit 97,5% du PIB alors que la prévision initiale était inférieure d’un point.

Parmi les facteurs d’inquiétude conjoncturelle figure la hausse brutale de l’endettement de la France au début de l’année. Sur le premier trimestre, la France a emprunté 56,3 milliards d’euros de plus que l’année précédente à l’issue de laquelle sa dette s’est élevée à 95,6% du PIB. Cette poussée de l’emprunt, la plus forte depuis le début du quinquennat de François Hollande en 2012, est justifiée par Bercy par les taux planchers proches des 1,3% pour les obligations souveraines à 10 ans.

La note de Moody’s correspond donc à l’analyse majoritaire des économistes, au moment où la controverse sur les réformes structurelles à entreprendre est réveillée par les propos prêtés au ministre de l’économie Emmanuel Macron sur le statut obsolète des fonctionnaires, et ceux qui ont valu d’être recadrés sur la nécessité de revenir sur les 35 heures de travail hebdomadaire. Le paquebot France parvient, à force d’économies, à maintenir sa ligne de flottaison. Mais sa trajectoire problématique liée à la forte dégradation passée de sa compétitivité, et l’alourdissement de son tonnage lié à la pénurie d’emplois et de cotisations pour compenser le paiement des retraites et des avantages sociaux, pose toujours un problème à long terme sur sa capacité à éviter les redoutables icebergs de la mondialisation.

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