Alors que le voyage de la délégation s'achève avec une visite dans l'Etat du Parana (sud du pays), les représentants de l'économie se déclarent satisfaits de l'opération. Réagissant à notre article d'hier sur les difficultés de Swissair à obtenir de nouvelles dessertes vers le Brésil, Hannes Goetz s'est déclaré confiant pour le futur: «Il ne s'agit pas d'un bras de fer. Je ne pouvais pas demander directement cela au président Cardoso, mais nous avons reçu des signes très positifs. Concernant l'achat des avions Embraer, nous avons saisi l'opportunité de signer le contrat au Bourget en obtenant un bon rabais.»

Pour quelles raisons les groupes helvétiques industriels délèguent-ils des représentants à ces visites mixtes? Tout d'abord pour montrer au gouvernement suisse leur soutien à une politique économique active dans les pays concernés. Le Brésil est par exemple le cinquième plus gros marché de Nestlé, représenté dans la délégation par Carlos Represas, membre du directoire. Ce chaleureux Mexicain, «le premier représentant d'un pays du Sud en 133 ans d'existence de Nestlé», connaît l'Amérique latine comme sa poche et son entregent a été remarqué lors de la visite.

Seconde raison: s'informer en profondeur de la situation économique brésilienne. Les patrons suisses ont été aux premières loges pour écouter voire poser des questions aux plus hauts responsables du pays. Le fait de les avoir côtoyés peut servir ultérieurement à ouvrir des portes, à traiter directement avec les décideurs au lieu de buter contre des subalternes.

Discrétion

Alexandre Jetzer (Novartis) et Anton Affentranger, (associé de Lombard Odier & Cie) n'ont pas tari d'éloges sur Arminio Fraga: «Il est clair, talentueux, libéral et il sait où il va.» Avec le ministre des Finances Pedro Malan, jugent les Suisses, le Brésil possède deux personnes de grande qualité à des postes clés. Les industriels sont ainsi rassurés et ils peuvent songer à effectuer au Brésil de nouveaux investissements.

Patron du Credit Suisse Group, Lukas Mühlemann est allé s'informer sur la marche des affaires du Banco Garantia (d'où est issu Arminio Fraga) racheté en 1998. Membre du directoire de Swiss Re, Michel Liès est satisfait: il a reçu confirmation du Ministère des finances que l'IRB (le monopole de réassurances brésilien) allait être vendu cette année. «Nous ne voulons pas manquer l'occasion de nous intéresser à un marché qui pèse entre 2 et 2,5 milliards de francs», résume l'assureur.

Les représentants de l'économie ont généralement posé très directement leurs questions, ce qui a pu heurter des personnes habituées à un langage beaucoup plus diplomatique. Les patrons ont évoqué des problèmes précis et concrets, sur le gaz, les médicaments, les patentes, l'attitude des syndicats. Un représentant du géant de l'électrotechnique ABB s'est inquiété du prix du mégawatt avant de donner le feu vert à un investissement qui pourrait rapporter à la Suisse plusieurs centaines de millions.

La visite ne se solde pas par une pluie de contrats, comme adorent le faire d'autres pays. Pour cet ancien diplomate, ce n'est pas le plus important: «Des pays font des effets de manches. Les Suisses restent discrets et ne regroupent pas tous leurs investissements pour les annoncer le jour de la visite du président de la République.» On aurait pu imaginer, dans le cas du Brésil, que Schindler, Roche et Crossair se coordonnent pour impressionner les foules… au risque de passer à côté d'un contrat, ce type d'opération supposant rapidité, opportunité et discrétion.

Quant à la manière d'aborder les problèmes qui chiffonnent les Suisses, ce diplomate reconnaît qu'il est important «de ménager les susceptibilités locales» mais estime que le fait d'aller droit au but permet tout simplement de les résoudre.

Plusieurs représentants de l'économie apprécient aussi la possibilité de rencontrer des dirigeants d'autres secteurs afin de partager leurs expériences. «Je comprends mieux les préoccupations des industriels», déclare un banquier genevois. Chacun complète ainsi son carnet d'adresses.

R. Rr