Les tabous tombent les uns après les autres chez Dell. Fin 2006, le fabricant vendait ses premiers ordinateurs avec les microprocesseurs d'AMD, première infidélité à Intel. Il y a une semaine, Michael Dell, revenu en janvier aux commandes de la société qu'il a créée, affirmait dans un e-mail à ses employés que «le modèle direct a été une révolution mais ce n'est pas une religion». Cette semaine, Dell annonce qu'il vendra, fin mai, des ordinateurs équipés d'Ubuntu, une véritable alternative à Windows.

Des initiatives qui doivent permettre au fabricant de PC d'inverser une tendance très négative. Sa part de marché mondiale s'est effondrée au premier trimestre de 18,2 à 15,2%, et ses ventes ont baissé de 6,9% alors que les ventes globales croissaient de 19,9%, selon les sociétés de recherche IDC et Gartner. Sans parler de la menace d'être expulsé du Nasdaq pour cause de non-respect des règles boursières - Dell doit donc réagir.

Il a commencé à le faire en février en lançant un site (http://www.ideastorm.com) pour y récolter les idées des internautes. Verdict: plus de 130000 réclament un PC avec Ubuntu, concurrent direct de Windows. Fin mai, Dell vendra donc des ordinateurs sans logiciel de Microsoft, mais avec ce système gratuit, basé sur Linux, et développé par une communauté de programmeurs. Amélioré en permanence dès 2004, Ubuntu (lire sa description en page 2) propose une interface similaire à Windows, et aurait séduit plusieurs centaines de milliers d'utilisateurs - au total, Linux est installé sur 3 à 6% des ordinateurs, selon les estimations.

Quelle différence de prix?

Dell n'a pas encore communiqué de prix, mais il ne faut sans doute pas attendre de différence importante avec les PC équipés de Windows. En effet, Dell, HP ou Acer achètent Windows à Microsoft pour 60 à 100 dollars par machine. Avec leurs PC équipés d'Ubuntu, les clients de Dell pourront utiliser leur machine comme un PC normal. En effet, Ubuntu se marie bien avec d'autres logiciels libres, tel OpenOffice (suite bureautique), Firefox (navigateur web) ou Thunderbird (messagerie). Ubuntu est déjà disponible en 40 langues, et sera bientôt utilisé chez Peugeot, et dès juin par les députés français.

Dell avait déjà proposé des ordinateurs sous Linux en 2000, avant de renoncer face au faible intérêt des consommateurs. Désormais, les alternatives à Windows sont crédibles - même si Ubuntu n'atteindra pas rapidement les 15 à 20% de part de marché mondiale détenue, par exemple, par Firefox.