«La richesse véritable de notre société dépendra de la capacité des entreprises et des gouvernements à convaincre les travailleurs de rester actifs au-delà de l'âge de la retraite», assure Sylvester J. Schieber, directeur du Centre de recherche et d'information de Watson Wyatt Worldswide, société de conseil en gestion basée à Washington. Il est l'auteur d'une étude parue récemment sur les conséquences économiques du vieillissement de la population. La baisse du taux de natalité, qui a chuté à 1, 6 dans les pays développés, ne sera pas sans conséquences sur le marché du travail et les entreprises.

Tout d'abord, on assistera à un assèchement accru du premier. Car, lorsque les travailleurs les plus âgés partiront à la retraite, il n'y aura pas suffisamment de jeunes pour les remplacer. D'autre part, tout notre système de pension est basé sur le revenu, donc plus il y aura de personnes à la retraite, plus la pression sur les salaires sera forte, et plus les coûts supportés par les entreprises seront élevés. Etant donné que le revenu des employeurs est fonction de la productivité de ses employés, la situation pourrait devenir très tendue. «Tout cela aura une incidence sur le coût global du travail, et risque d'accélérer le mouvement d'expatriation des activités et de la prospérité qui les accompagnent», avertit Sylvester J. Schieber.

Pour briser ce cercle vicieux, les solutions offertes ne sont pas légion. Favoriser une politique d'immigration plus généreuse pourrait en être une. Mais l'Union européenne devrait, à elle seule, accueillir 4 millions de migrants par an pour compenser le fléchissement du taux de natalité. A ce sujet, le chercheur américain se montre prudent: «L'immigration a certes le potentiel d'atténuer le problème, mais elle ne suffit pas vu son ampleur.» Il voit plutôt le salut dans le prolongement de la durée d'activité de la main- d'œuvre, «inéluctable», selon lui, «si nous ne voulons pas diminuer notre niveau de vie».

Et si aujourd'hui, la plupart des chefs d'entreprises mettent toute leur énergie à attirer des jeunes, ils n'auront pas d'autre choix à l'avenir que de tenter de séduire les seniors, en leur offrant par exemple des avantages mieux ciblés, une plus grande flexibilité entre le travail et les loisirs et en redéfinissant leur rôle vers plus de coaching. Ce sera difficile. Les chiffres le prouvent: il y a 50 ans, plus des deux tiers de la population masculine de plus de 60 ans travaillaient encore. Alors qu'aujourd'hui, leur nombre a chuté. Les salariés veulent profiter de leur retraite. Question de mentalité. Comme le résume le chercheur, ils veulent le beurre et l'argent du beurre: «Nos contemporains entendent travailler moins, tout en conservant leur bien-être actuel.» Une illusion qui risque de se briser sur l'écueil de la démographie.

Global Aging, the Challenge of the New Millenium, Watson Wyatt Worldwide, 2000.