Une autre raison, très concrète, a été avancée ces derniers mois pour justifier l’appréciation du pétrole et de nombreux minerais. Toujours poussée par le moteur de sa gigantesque demande intérieure, l’industrie chinoise n’a jamais tant importé de cuivre, d’aluminium ou de minerais de fer qu’au cours du mois de mai dernier. Résultat, la République populaire fait la loi sur ces marchés: selon les spécialistes de Barclays Capital à Londres, ce pays représente plus de 50% de la demande mondiale de soja, 43% de celle d’acier. Plus modeste, sa part des importations mondiales de charbon n’en a pas moins doublé, de 6 à 12% en un an.

Ce salut chinois pourrait n’être qu’un tableau en trompe-l’œil. Car les achats massifs de minerais observés depuis le début de l’année répondent surtout à la volonté de Pékin de reconstituer ses stocks stratégiques, à prix cassés. «Couplée à l’écroulement des tarifs du fret maritime, la faiblesse des cours mondiaux jusqu’en mars a permis aux Chinois d’importer de grandes quantités de cuivre ou de charbon… à des prix inférieurs à leur propre coût de production», rappelle David Turysk, de la société Intercota. Or, selon nombre de spécialistes, ce restockage pourrait s’achever cet été… sans que le reste du monde ne parvienne alors à compenser ces achats de Pékin: premier acheteur de cuivre au monde, le groupe français Nexans indiquait il y a peu s’attendre à une baisse de 5 à 10% de ses ventes de câbles en 2009.

Phénomène moutonnier

Barclays Capital, une des maisons les plus écoutées sur les ressources naturelles, avertit que, dans les prochains mois, «les marchés de l’acier, des métaux industriels et des produits agricoles s’avéreront très sensibles au moindre signe de ralentissement des achats chinois». Et ce même si, à plus long terme, «les produits de base alimentant la hausse du niveau de vie des Chinois et le développement des infrastructures du pays» ont tout lieu de rester toujours plus recherchés et donc plus chers.

Responsable de la stratégie sur les marchés de la Société Générale à Londres, Albert Edwards ne croit même pas à ce dernier scénario. Celui-ci note que cette persistance de la thèse du miracle économique chinois en 2009 apparaîtra à l’avenir «comme la plus mauvaise blague à nouveau faite aux investisseurs». Si la Chine tourne aussi bien, «comment se fait-il que les profits de ses groupes industriels en avril aient été inférieurs de 30% à ceux affichés un an auparavant?». L’enthousiasme actuel lui rappelle «l’aveuglement d’investisseurs ne parvenant pas à voir il y a quelques années que [les fondations] de la croissance américaine étaient bâties sur du sable». L’envolée des matières premières qui en découle constituerait un «phénomène de groupe capable de conduire à de plus profondes déceptions que toutes les autres bulles insensées qui se sont formées depuis vingt ans». Même contesté, cet avis intime la plus grande prudence aux investisseurs hésitant à revenir écumer les marchés déchaînés des commodités.