Matières premières

La demande pour le lithium déclenche une ruée vers «l’or blanc»

Le prix du lithium a triplé en cinq ans, se situant désormais aux alentours de 10 000 dollars la tonne. La croissance du marché des véhicules électriques est une cause directe de cette envolée des prix

La course des constructeurs automobiles vers le «tout électrique» entraîne dans son sillage l’ensemble de la chaîne d’extraction et de production du lithium, principal composant des batteries des téléphones portables, des ordinateurs… et des voitures électriques. Tesla confirmait récemment son objectif de produire 500 000 véhicules en 2018 et d’atteindre le million d’unités en 2020, ce qui représenterait une demande en lithium supérieure à la production totale annuelle actuelle.

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Flambée des prix depuis 2011

Selon l’organisme chargé du développement de l’activité économique du Chili, la demande mondiale de lithium devrait atteindre les 190 000 tonnes en 2017. Plusieurs prévisions évoquent un chiffre supérieur à 500 000 tonnes dès 2025. Goldman Sachs a évalué dans un rapport datant de décembre 2015 qu’une croissance de 1% sur le marché des voitures électriques ferait grimper les besoins annuels en lithium de 70 000 tonnes.

Depuis 2011, le prix de la matière première a explosé. Dans certains contrats, la tonne s’échangeait à près de 4300 dollars en 2011, contre plus de 12 000 dollars en début d’année. L’an dernier, le prix de «l’or blanc» a augmenté de 60%. Le principal indicateur de prix du lithium, qui n’est pas coté en bourse, se limite au cours boursier des entreprises d’extraction, telles que la société chilienne SQM ou la société américaine Albemarle. Sur les dix-huit derniers mois, le cours des deux entreprises a connu une croissance de respectivement 74 et 88%.

Le «triangle du lithium»

L’Amérique du Sud abrite les plus grands gisements de lithium au monde, au cœur des salars (déserts de sel) des hauts plateaux d’Argentine, du Chili et de Bolivie. Cette région, surnommée le «triangle du lithium», représente 70% des réserves mondiales. Selon l’Institut d’études géologiques des Etats-Unis (USGS), le Chili dispose actuellement de plus de la moitié des réserves mondiales déjà exploitées (53%), devant la Chine (22%), l’Argentine (14%) et l’Australie (11%).

Aujourd’hui, le Chili semble être le mieux placé dans la course au lithium. Les conditions d’extraction en plein cœur du désert de sel d’Atacama sont optimales et permettent aux Chiliens de fournir la matière première la moins chère du marché.

L’Argentine et la Bolivie sont en retrait. Depuis décembre 2015, le nouveau président argentin, Mauricio Macri, tente de faciliter les investissements dans son pays. En Bolivie, le salar d’Uyuni abrite le plus important gisement du monde. Le pays disposerait de plus de 9 millions de tonnes de matière première, selon l’USGS.

La Bolivie en retard

La nationalisation de l’ensemble des ressources naturelles du pays n’a pas profité à la Bolivie, qui accuse désormais du retard sur ses voisins argentins et chiliens. Le président bolivien, Evo Morales, a freiné l’ouverture des frontières aux entreprises privées étrangères pourtant plus qualifiées, et ainsi limité considérablement l’exploitation du sol.

La politique du gouvernement de Morales et le manque d’infrastructures adaptées ont pour l’instant découragé les exploitants miniers. Seules quelques tonnes de lithium ont été vendues à la Chine en 2016, la production restant minoritaire au niveau mondial. Le parlement bolivien pourrait créer dans les prochaines semaines une entreprise publique spéciale, à même de négocier et signer des contrats avec des entreprises privées nationales ou étrangères.

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