Mike Mack «adorait» cette société. «Son cœur battait Syngenta», image même le président du groupe Michel Démaré pour expliquer combien la décision prise par Mike Mack a été «difficile». Et inattendue. Mercredi, la surprise de voir le directeur du groupe agrochimique bâlois démissionner a été générale.

«MicMac», comme il était parfois surnommé par certains de ses employés, avait pris les commandes de l’entreprise en 2008. Le directeur financier John Ramsay reprendra la direction par intérim. Les investisseurs ont salué cette annonce en faisant bondir l’action de plus de 6,35% dans un marché en hausse de 0,5%.

Dans le communiqué de presse publié mercredi, on ne trouve aucune allusion à la récente décision de vendre les activités de semences potagères. Ou au feuilleton de l’été, quand le concurrent américain de Syngenta, Monsanto, a sans succès essayé de s’offrir la société bâloise en posant 47 milliards de dollars sur la table. «Je crois que c’est le bon moment pour la société de bénéficier des perspectives d’un nouveau directeur général», y explique simplement Mike Mack. 

Le président du conseil d’administration de Syngenta Michel Démaré a accepté de revenir sur cette annonce.

Pourquoi est-ce que Mike Mack démissionne?

Vous avez vu le communiqué de presse, ce qui y figure est l’histoire telle qu’elle s’est passée. Mike Mack est directeur général depuis huit ans. Il a récemment fait le point sur son très bon bilan et il est parvenu à la conclusion qu’il avait atteint ses buts. Et qu’il serait mieux pour Syngenta de continuer avec un leadership différent. Il a fait cette proposition au conseil d’administration et nous avons été d’accord. Nous nous quittons en excellents termes.

Donc ce n’est en aucun cas lié à l’offre de Monsanto que vous avez refusé durant l’été?

Pas du tout. Au sein du conseil d’administration, la décision de refuser l’offre de Monsanto était unanime. Mike Mack faisait partie de ce conseil, il était donc du même avis. Il n’y a pas d’autres conclusions à tirer de sa démission. Nous n’avons d’ailleurs pas changé d’avis. Malgré certaines critiques, nous pensons toujours que l’offre de Monsanto n’était pas bonne et qu’il était prudent de ne pas y donner suite. Mike Mack a toujours été d'accord avec cela.

Il y a eu la vente de la division de semences potagères, le rachat d’action de 2 milliards de dollars annoncé début septembre et maintenant ce départ… Certains observateurs ont l’impression que vous voulez faire des cadeaux à vos actionnaires pour leur faire oublier les 10 milliards de francs de capitalisation perdus suite au rejet de l'offre de Monsanto. Est-ce qu’ils vous ont pris en otage?

Pas du tout! Personnellement, j’ai passé beaucoup de temps à expliquer à nos actionnaires les raisons de notre refus de l’offre de Monsanto. Et je crois qu’ils les ont comprises. Mais il faut se demander pourquoi les investisseurs achètent nos titres. Certes, à court terme, notre entreprise est touchée par le bas prix des matières premières et les fluctuations des devises. Mais sur le long terme, les éléments qui vont créer de la croissance pour Syngenta sont toujours les mêmes. Au conseil d’administration, nous devons également faire attention de ne pas céder aux pressions des actionnaires et garder une vision à long terme.

Mercredi, l'action a grimpé de plus de 5%. Ces derniers semblent contents de ce départ…

Un directeur général doit avoir le cuir épais. Il est toujours populaire quand l’action est élevée et toujours nettement moins quand l’action recule. Et les gens apprécient la nouveauté. Dans notre cas, le plus important est de comprendre que l’on va assurer la continuité et qu’il n’y aura pas un changement brutal de stratégie.

Ce départ ne marque donc pas le début d’un nouveau chapitre pour Syngenta? Par exemple, vis-à-vis de Monsanto?

Sur la stratégie, il n’y aura pas d’autres changements que ceux qui ont été annoncés le mois passé. D’autres décisions vont peut-être suivre dans l’activité semences mais pas dans l’agrochimie. Pour Monsanto, c’est complètement indépendant de notre décision. Nous n’avons cessé de répéter que le jour où ils viendraient avec une offre sérieuse sur la table, nous la considérerions sérieusement. Il n’y a rien de nouveau.

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