Dans le commerce de détail, la guerre des prix bat son plein. Pick Pay, propriété de Bon appétit Group, veut se repositionner sur ce marché. Pour y parvenir, il réduit son panel de 4500 à 2300 articles dans trois magasins-tests: à Wetzikon (Zurich) depuis le 27 mai, à Einsiedeln (Schwyz) dès aujourd'hui et à Sarnen (Obwald) à partir du 11 juin. «Nous voulons changer l'image de cherté de nos magasins. Dans trois enseignes, nous réduisons le prix de tous nos produits de 5% à 10%», explique Rolf Hinze, CEO de Pick Pay. De son côté, depuis le 30 mai, Denner a baissé durablement le prix de 130 articles de marque. Pour le consommateur, la réduction peut atteindre 30% selon les produits. «Le prix, justement, c'est l'unique argument d'une nouvelle forme de distribution, le hard discount», analyse l'émission A Bon Entendeur de la TSR du 1er juin 2004. Ce nouveau type de commerce se développe aussi bien en France qu'en Allemagne. Objectif: casser les prix. En Suisse, aucun hard discounter ne s'est encore implanté, mais cela ne saurait tarder. Interview avec Philippe Gaydoul, patron de Denner.

Le Temps: Allez-vous devenir le premier hard discounter en Suisse?

Philippe Gaydoul: Non, nous n'avons pas l'intention de devenir un hard discounter comme en Allemagne. Pour l'instant, nous sommes le seul véritable discounter en Suisse. Comparativement aux hard discounters allemands, nous avons un assortiment de produits différents. Nous disposons de plus de 1500 articles, dont beaucoup sont de marques internationales. Seuls 25% des produits que nous vendons sont des marques propres.

– Vous baissez le prix d'environ 130 produits de marque. Est-ce un moyen de profiter de la nouvelle loi sur les cartels, entrée en vigueur le 1er avril et qui favorise les importations parallèles?

– Non, nous effectuons des importations parallèles sur certains produits depuis longtemps. Nous essayons toujours de trouver les moyens d'obtenir les articles aux meilleurs prix. Nous profitons évidemment de la nouvelle loi, mais nous sommes également devenus plus efficaces au niveau de la logistique et des négociations avec les fournisseurs. Cela se répercute évidement sur le prix des produits que nous vendons.

– De quels types de produits les consommateurs pourront-ils profiter?

– Les prix les plus bas seront pratiqués pour les produits courants, dans les secteurs alimentaire et non alimentaire. Le café, la mayonnaise, les biscuits, le lait, les rasoirs jetables et les produits de lessive sont quelques exemples.

– En diminuant vos prix, vos marges vont également s'éroder. Comment comptez-vous compenser ce manque à gagner?

– Il est clair qu'au début, cette offensive sur les prix sera coûteuse. Mais par la suite, nous prévoyons d'augmenter notre chiffre d'affaires en faisant progresser le volume des ventes. Nous voulons attirer davantage de clients.

– Craignez-vous l'arrivée de concurrents étrangers, comme l'allemand Lidl?

– Nous sommes toujours attentifs à la concurrence, mais nous essayons d'agir plutôt que d'avoir à réagir. De toute manière, nous sommes bien préparés et la concurrence étrangère n'est pas encore là.

– Avez-vous l'intention de faire des acquisitions et de développer vos affaires à l'étranger?

– Non, nous n'avons pas de tels projets. En revanche, en Suisse, nous allons ouvrir cent magasins d'ici à 2009.

– En même temps que Denner, Pick Pay va lui aussi diminuer le prix de ses produits. Ce mouvement de baisse dans le commerce de détail va-t-il se poursuivre?

– Dans le commerce de détail, le marché suisse est en train de bouger. Les prix des produits sont encore beaucoup trop élevés en comparaison avec l'étranger. Il est nécessaire de parler de ce problème, car les prix vont encore diminuer. Les consommateurs le méritent: ils paient encore trop cher.