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D’ici la fin de l’année, Addax quittera les locaux genevois qu’il avait investi en 2013. Quelque 170 salariés sont concernés.
© Denis Balibouse / Reuters

Pétrole

Le départ d’Addax Petroleum est «une vengeance de Pékin»

Le départ de la filiale de Sinopec est lié à sa propre histoire et à ses problèmes juridiques, estime-t-on à Genève. Il restera un acte isolé qui n’augure aucune tendance dans le secteur du négoce de matières premières de la région lémanique

Finalement, Addax Petroleum s’en va. La société genevoise, active dans l’exploration et la production de pétrole, propriété du groupe chinois Sinopec depuis 2009, va quitter ses locaux du bout du lac d’ici à la fin de l’année. Comme l’a révélé la Tribune de Genève, ses 174 employés en ont été informés lundi après-midi.

A Genève, on avait pourtant considéré que le paiement de 31 millions de francs exigé par la justice en guise de réparation était suffisamment clément pour clore le chapitre des soupçons de corruption dont Addax et ses dirigeants avaient fait l’objet. On allait passer à autre chose, pensait-on.

Lire aussi: Une dose de pragmatisme pour clore l’affaire Addax

«Aussi malheureuse soit-elle, cette décision est probablement de nature émotionnelle», réagit Philippe Monnier, l’ancien directeur de l'agence de promotion économique de Suisse occidentale (GGBa). «Ce que Sinopec avait acheté, très cher, ce sont des employés compétents et les réseaux qu’ils avaient su tisser», rappelle-t-il, histoire de souligner que ce départ lui semble peu pertinent, d’un point de vue stratégique.

Aucun impact financier

C’est pourtant ce que la direction d’Addax Petroleum affirme. En substance, elle explique que les affaires se compliquent en raison des bas prix du pétrole et qu’il s’agit désormais de rationaliser et de supprimer les doublons. D’ailleurs Sinopec a aussi annoncé la fermeture de ses bureaux à Aberdeen en Ecosse et à Houston aux Etats-Unis.

Cette explication, Patrick Gantès n’y croit pas. Pour le secrétaire général du Centre de recherches entreprises et sociétés (CRES), à Genève, cette décision n’a aucun impact financier sur la multinationale aux 6,5 milliards de francs de bénéfice annuel. Cette fermeture est «une vengeance vis-à-vis de Genève et de la Suisse», affirme-t-il.

Une affaire classée

Après une enquête de plusieurs mois, la justice genevoise a conclu en juillet dernier qu’elle ne disposait pas d’éléments suffisants pour condamner Addax, soupçonnée d’avoir versé des pots-de-vin au Nigeria. Une affaire classée, mais une symbolique forte, vu de Pékin.

«Les Chinois ont perdu la face, estime Patrick Gantès. Du coup, ils retirent leurs billes.» Selon lui, ce déshonneur serait d’autant plus fort que «le rachat d’Addax avait marqué les esprits en Chine. C’était une première acquisition d’importance dans le pétrole à l’étranger, ils avaient de grandes ambitions.»

Stéphane Graber, le secrétaire général de l’association Swiss Trading and Shipping Association (STSA), se montre plus mesuré sur les raisons de cette décision: «Le prix du pétrole est certainement un élément important, aux côtés d’autres facteurs spécifiques à ce groupe.»

Un cluster unique au monde

Nos interlocuteurs en sont convaincus: la disparition d’Addax Petroleum n’aura pas d’impact sur le reste du secteur regroupé autour de Genève. «Cet agglomérat est unique au monde, reprend Philippe Monnier. Un tel regroupement est difficilement transposable dans une autre région, notamment parce que c’est aussi ici que se trouvent les établissements financiers spécialisés dans le financement du négoce.»

Stéphane Graber confirme: «Le cluster lémanique du négoce de matières premières est solide. Il se caractérise par une expertise reconnue internationalement. La venue récente d’entreprises provenant des marchés émergents, comme le chinois Cofco, peut en témoigner.»

Ce conglomérat, actif dans l’agroalimentaire, avait annoncé en mai dernier vouloir doubler ses effectifs, de 150 à 300 personnes, à Genève. Personne, pour l’heure, ne semble douter de la volonté de Pékin de réaliser cet investissement. En dépit de l’accroc Addax.

Lire aussi: Le trader chinois Cofco veut doubler ses effectifs à Genève


Chronologie

1994: Addax est fondé par Jean Claude Gandur.

2009: Addax est vendu à Sinopec pour 8 milliards de francs.

2013: Addax emménage dans de nouveaux locaux de 9000 m² à Genève.

2015: 70 employés sont licenciés.

avril 2017: Une enquête est ouverte pour soupçons de corruption. Son directeur et son directeur juridique sont arrêtés.

juillet 2017: La justice genevoise exige le paiement de 31 millions de francs de réparations à Addax.

août 2017: Addax annonce son départ de Genève à ses 174 salariés.


Cet article a été mis à jour et précisé le 9 août 2017, à propos du montant de la vente à Sinopec ainsi que de la procédure avec l'Etat de Genève.

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