Succession

Le départ inattendu du prince héritier de Disney

A deux ans de la fin de règne du PDG de Walt Disney, Robert Iger, sa succession est totalement remise en question par le départ surprise de son numéro 2, Thomas Staggs

C'est un sacré rebondissement dans le royaume de Walt Disney. Lundi 4 avril, le groupe a annoncé le départ inattendu de Thomas Staggs, son numéro deux, qui était donné comme le futur patron du géant américain des médias et du divertissement. Cette nouvelle intervient à un moment déjà délicat pour le groupe qui est confronté au virage numérique.

Thomas Staggs quittera ses fonctions de directeur des opérations à compter du 6 mai pour devenir conseiller «spécial» jusqu'à la fin de l'exercice fiscal en cours du PDG Robert Iger, précise le groupe dans un communiqué, ajoutant qu'il va revoir son plan de succession afin de trouver un successeur à Robert Iger avant son départ prévu dans deux ans.

«Avec environ deux ans restants avant que Robert Iger ne quitte ses fonctions de président du conseil et de directeur général, le conseil de Disney va élargir son processus de succession pour identifier et examiner une liste de candidats solides», explique Disney sans autre explication.Cela laisse entendre que le groupe pourrait envisager un recrutement externe.

Le groupe ne donne pas les raisons du départ de Thomas Staggs, qui était considéré comme l'héritier de Robert Iger après sa promotion au poste de directeur des opérations en février 2015.

Disney recherche un successeur au trône

Officiellement, Disney n'avait pas jusqu'ici désigné de successeur pour son charismatique PDG. Mais lorsque Thomas Staggs, 55 ans, jusqu'alors en charge des parcs d'attractions et des activités touristiques comme les hôtels et les navires de croisière, avait été nommé directeur d'exploitation en février 2015, la plupart des observateurs y avaient vu le signe qu'il était le dauphin pressenti.

Ce vétéran de Disney se retrouvait en effet propulsé numéro deux du groupe, avec un droit de regard sur les actions de la quasi totalité de l'équipe de direction.
Longtemps considéré comme un autre prétendant potentiel, l'ex-directeur financier, Jay Rasulo, avait d'ailleurs annoncé son départ quelques mois plus tard.

Le départ de Thomas Staggs inquiétait à Wall Street, où le titre Disney perdait 1,75% à 96,95 dollars vers 00H00 GMT dans les échanges électroniques après la clôture

Les incertitudes sur la succession interviennent en effet à un mauvais moment pour Disney, confronté ces derniers trimestres, comme les autres grands groupes américains de télévision, à un regain d'inquiétudes sur les effets de l'essor de la vidéo en ligne.

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Le secteur semble commencer à vraiment ressentir la morsure de la concurrence d'internet. Disney avait notamment dû concéder l'an dernier que même son bouquet star ESPN, en dépit de ses retransmissions sportives en direct, n'était pas immunisé et avait accusé des pertes d'abonnés.

Aucun favori préssenti

Thomas Staggs avait l'avantage d'une longue expérience chez Disney, où il a passé 26 ans dont douze comme directeur financier.

Il a été crédité d'un rôle important dans des acquisitions d'envergure ces dernières années dans le cinéma, celles des studios d'animation Pixar (créateurs notamment de «Toy Story») en 2006, puis des super-héros de Marvel en 2009, qui ont aidé à élargir l'audience des films de Disney.

Il a aussi présidé à une importante croissance de la division des parcs d'attractions, et notamment beaucoup oeuvré pour le développement à Shanghai du premier parc du groupe en Chine continentale, dont l'ouverture, prévue mi-juin après des retards, est considérée comme un chantier majeur de cette année.

Aucun autre candidat évident ne semble plus aujourd'hui se dessiner en interne. En externe, plusieurs médias américains avaient notamment spéculé il y a quelques années sur Sheryl Sandberg, la numéro deux du réseau social en ligne Facebook, qui siège déjà au conseil d'administration de Disney.

La magazine Variety la cite d'ores et déjà lundi comme candidate possible, de même que deux anciens bras droits de Rupert Murdoch, Chase Carey et Peter Chernin, ou encore le patron de CBS, Leslie Moonves.

Quel qu'il soit, le futur patron de Disney n'aura de toute manière pas la tâche facile. Outre le virage numérique, il devra en effet se mesurer au bilan de Bob Iger.
Depuis son accession à la direction générale en 2005, Bob Iger a réussi à faire presque quadrupler le cours de Bourse de Disney, et à doper ses bénéfices par une stratégie fructueuse d'acquisitions et de déclinaison des marques du groupe à travers toutes ses activités.

Sur son dernier exercice clos fin septembre, le groupe a dégagé un bénéfice net record de 8,4 milliards de dollars.

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