Qu'est-ce qui se cache derrière le remplacement rapide du Suédois Jan Secher par l'Allemand Hariolf Kottmann à la tête du groupe Clariant? Le Suédois a hérité d'un groupe chimique en petite forme depuis la coûteuse acquisition (1,8 milliard de dollars), stratégiquement erronée, d'une entreprise britannique en l'an 2000.

Les restructurations se sont ensuite succédé. La dernière, mise en place en novembre 2007, commençait à porter ses fruits avec une augmentation du bénéfice net de 26%, à 92 millions de francs, à fin juin 2008. Clariant, qui occupe 20900 personnes et réalise un chiffre d'affaires annuel de 8,5 milliards de francs, a d'ailleurs pu reporter une partie de la hausse du prix des matières premières sur ses clients finaux.

De nombreux observateurs estiment donc qu'une divergence stratégique entre Jan Secher et Jürg Witmer, nouveau président du conseil d'administration en place depuis moins de six mois, explique l'arrivée d'Hariolf Kottmann à l'exécutif. De formation scientifique, porté sur l'innovation, l'Allemand siège depuis le mois d'avril en tant qu'administrateur au côté de Jürg Witmer. La carrière de l'ancien patron de Givaudan est émaillée de processus de restructuration. Après avoir construit le succès du leader des parfums et arômes dès sa séparation du groupe Roche, il a notamment mené à bien la fusion de Berna Biotech avec le hollandais Crucell en janvier 2006.

Dans de récentes interviews, Jürg Witmer a dit souhaiter «un réexamen critique du portefeuille des produits». Jan Secher entendait par contre poursuivre la restructuration, soit la fermeture de 10% des sites de production et la suppression de 2200 emplois, au rythme prévu sans se séparer des unités d'affaires les moins rentables. Interrogé par Le Temps, Jürg Witmer reconnaît à Jan Secher le mérite d'avoir «clairement amélioré la performance opérationnelle de Clariant ces derniers trimestres». Il explique cependant la nomination d'Hariolf Kottmann par «le moment opportun d'une relève par une personnalité disposant de dizaines d'années d'expérience dans les spécialités chimiques».

Rien à vendre

Le président du conseil d'administration ajoute qu'«aucune division du groupe, que ce soit celles des cuirs et textiles ou des «masterbatches», n'est à vendre». La note financière de Clariant a été abaissée par Standard & Poor's et Moody's en raison d'emprunts arrivant à terme cette année. «Hariolf Kottmann a une excellente réputation dans les milieux financiers», explique Jürg Witmer, confronté à des échéances financières délicates en raison de l'insécurité des marchés occupés par le groupe chimique.

Ciba (ventes annuelles de 6,5 milliards de francs et 13000 employés) bat aussi de l'aile, alors que son président, Armin Meyer, subit des pressions à la démission provenant des syndicats et de nouveaux investisseurs. Cela constitue-t-il une occasion de synergie avec Clariant? «Une fusion avec Ciba n'est pas envisagée», répond nettement Jürg Witmer.