Tout avait commencé lorsqu'IG Metall avait essuyé l'un des plus graves échecs de son histoire, en renonçant le mois dernier à poursuivre la grève pour le passage aux 35 heures hebdomadaires de travail à l'est du pays. Cette grave décision allait lancer le débat autour de la succession de son dirigeant, Klaus Zwickel (64 ans).

Car, pour la première fois depuis 1954, le puissant syndicat avait échoué à imposer sa revendication après une grève dure, précédée de grèves d'avertissement qui s'étaient traduites par des débrayages d'une heure pendant plusieurs semaines. Un verdict qui avait réjoui le patronat de la métallurgie, Gesamtmetall, les chefs de gouvernement régionaux des Etats de l'ex-RDA ainsi que le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder. «Je suis très content que la grève soit terminée», avait déclaré Gerhard Schröder, en soulignant les «problèmes engendrés par les conséquences économiques» de la grève.

Plusieurs dirigeants du syndicat avaient alors réclamé que la direction tire les conséquences de cet échec. Dès lors, les critiques se sont multipliées à l'égard de Jürgen Peters, un «orthodoxe» qui a organisé et défendu bec et ongles cette grève, et dont certaines voix au sein d'IG Metall ont réclamé le départ. «Tous ceux qui ont porté une responsabilité politique dans ce conflit doivent réfléchir aux conséquences personnelles à tirer», avait déclaré le dirigeant de la fédération régionale bavaroise d'IG Metall, Werner Neugebauer. Une allusion à peine voilée à Jürgen Peters. Désigné début avril pour succéder à Klaus Zwickel, en dépit de l'opposition de ce dernier qui soutenait un autre candidat, Jürgen Peters s'est opposé à plusieurs reprises au chancelier Gerhard Schröder, en dénonçant notamment les projets de réformes économiques et sociales du gouvernement.

Après un débat houleux étalé sur plusieurs semaines, le départ surprise de Klaus Zwickel ouvrira donc la voie dès fin août à l'accession au pouvoir de Jürgen Peters. Klaus Zwickel a en effet indiqué que son rival controversé serait proposé pour lui succéder lors d'un congrès réunissant plusieurs centaines de délégués. Le responsable d'IG Metall dans le Bade-Wurtemberg, Berthold Huber, sera proposé pour être le numéro deux de l'organisation, a-t-il ajouté. Klaus Zwickel a néanmoins précisé que cette solution ne rencontrait pas son approbation. Il s'est dit convaincu qu'elle allait mener à «des incompréhensions» à l'intérieur et à l'extérieur du syndicat.

Jürgen Peters, 59 ans, est le chef de file de la gauche orthodoxe de l'organisation, à qui Klaus Zwickel attribue la responsabilité de la plus cuisante défaite subie par IG Metall face au patronat depuis des décennies. Jürgen Peters s'allierait pour l'occasion au modéré Berthold Huber, qui est partisan d'accords plus flexibles au niveau des entreprises.

Le mouvement du mois dernier est le premier depuis cinquante ans au terme duquel IG Metall a dû concéder la reprise du travail sans avoir obtenu satisfaction sur la moindre de ses revendications. Jürgen Peters, qui devait théoriquement succéder à Klaus Zwickel en octobre, a été très critiqué pour sa gestion du conflit mais il a résisté aux appels à la démission que lui ont adressés Klaus Zwickel et d'autres dirigeants.

Berthold Huber, opposé à Jürgen Peters pour la candidature officielle à la direction du syndicat, avait déclaré auparavant qu'il n'était pas intéressé par une place de numéro deux. L'affrontement entre l'aile orthodoxe du syndicat, emmenée par Jürgen Peters, et les réformistes, conduits par Berthold Huber, a plongé IG Metall dans l'une des plus graves crises internes de son histoire. Liée à la perte d'influence du syndicat et à la baisse de ses effectifs aujourd'hui estimés à 2,6 millions de membres, cette crise menace de déstabiliser le dialogue social dans l'industrie allemande.

Si, pour les observateurs, le prochain leader d'IG Metall sera contraint d'accepter les exigences du patronat en faveur d'un assouplissement des conditions de travail dans le cadre des négociations salariales, il n'est pas sûr que Jürgen Peters se laisse aussi facilement circonvenir.