La saga touche à sa fin. Pièce après pièce, Yukos est démantelé et, aujourd'hui, doit être mis aux enchères le dernier grand actif pétrolier du groupe russe fondé par l'oligarque Mikhaïl Khodorkovski, en prison au terme de poursuites politico-économiques que le Kremlin est soupçonné d'avoir orchestrées. Le lot No 11 est au menu du jour: le producteur Samaraneftegaz, l'une des principales filiales de Yukos avec 1,7 milliard de barils de réserve. Rosneft, le nouveau pôle pétrolier public russe, part favori.

La semaine dernière, il a déjà remporté Tomskneft, l'autre filiale de Yukos achetée avec divers actifs pour 6,8 milliards de dollars grâce à des enchères d'une poignée de minutes sans suspense et sans réel concurrent. Fin mars, au début de ces ventes aux allures de vaste braderie, Rosneft avait déjà pu acquérir sans difficulté le plus gros lot: une part de près de 10% dans son propre capital que Yukos détenait.

De l'ancien géant de l'or noir, il ne restera bientôt plus rien. Son réseau de stations d'essence doit lui aussi être vendu aujourd'hui. Et, jadis au cœur d'un empire privé réputé pour le dynamisme et les méthodes de gestion à l'occidentale, son siège social est aujourd'hui un bâtiment quasiment vide qui, à son tour, doit être mis en vente.

Huit ans de prison

Ainsi, trois ans et demi après l'arrestation de Mikhaïl Khodorkovski, condamné à huit ans de prison pour fraudes fiscales et désormais incarcéré au fin fond de la Sibérie, les dirigeants de Yukos n'ont-ils pu échapper à la lente marche vers la liquidation judiciaire. Un dépeçage progressif dont le produit des ventes doit permettre d'éponger les dettes du groupe, évaluées à 26 milliards de dollars. Hasard ou non, outre le fisc russe, Rosneft est le principal créancier. En trois ans, le petit groupe public, qui passait pour archaïque et sans réelle chance de développement, est devenu le leader du pétrole russe. Une formidable ascension commencée avec l'acquisition de la principale filiale de Yukos, permettant à Rosneft d'un seul coup de tripler sa production. C'était en décembre 2004, après une première enchère qualifiée de «farce» par les observateurs indépendants. Depuis, Rosneft n'a cessé d'être le principal gagnant de l'affaire Yukos que le Kremlin aurait organisée à la fois pour se débarrasser de Khodorkovski, un oligarque aux ambitions politiques prévoyant de surcroît une fusion avec un major américain, et pour replacer le secteur de l'énergie sous le contrôle de l'Etat.

Cette nouvelle stratégie énergétique a bénéficié non seulement à Rosneft mais aussi à Gazprom, le géant du gaz. Tout le long de la saga, les deux groupes, soutenus par deux clans politiques distincts au Kremlin, se sont disputé les restes de Yukos et, directement ou par l'intermédiaire de mystérieuses entités faire-valoir, se sont retrouvés lors des dernières enchères.

Pour le rachat de Tomskneft la semaine dernière, Rosneft, qui fin mars avait contacté un énorme emprunt de 22 milliards de dollars pour financer ses rachats, l'a emporté face à Unitex, société à l'identité obscure mais, selon la presse, ayant des liens avec Gazprom. Aujourd'hui, pour Samaraneftegaz, les deux groupes pourraient à nouveau s'affronter. Au moins sur la forme, afin de rendre plus crédibles ces enchères. Rosneft devrait l'emporter. Mais les journaux financiers russes assurent qu'en coulisses il se prépare déjà à s'entendre avec Gazprom pour se répartir les actifs ainsi acquis. Dans la plus grande transparence, comme depuis le début de la saga.