Le 5 avril 2011, l’opérateur boursier américain Nasdaq OMX annonçait la réforme de son indice de référence. Pour réduire la dépendance de la bourse new-yorkaise à l’action Apple, le poids de la marque à la pomme au sein du Nasdaq 100 était ramené de 20,5% à 12%.

Une année plus tard, Apple est devenu la première capitalisation boursière au monde (527 milliards de dollars hier contre environ 300 milliards en mai 2011) et son action représente à nouveau près de 18% du Nasdaq 100. Loin devant Microsoft (8,8%) ou encore Google (5,2%). «Depuis le 1er mai 2011, le Nasdaq a progressé de 15,7%, souligne Uwe Neumann. Alors que sans Apple, cette hausse aurait été de 2,3%», poursuit l’analyste en valeurs technologiques chez Credit Suisse.

Face à l’emprise de la société californienne sur les marchés financiers, certains investisseurs font part de leurs inquiétudes. «On a beau aimer Apple, cette dépendance représente un grand problème pour les fonds indiciels qui, généralement, ne peuvent pas avoir plus de 10% de leur portefeuille investi sur une seule valeur», explique Benoît Flamant, responsable de la gestion InfoTech à Paris.

Pour des gérants de fonds qui sont obligés de se comparer à un indice de référence, le règne de la société créée par Steve Jobs équivaut aujourd’hui à un véritable casse-tête. «Je considère qu’avoir 5% d’Apple dans un fonds technologique est suffisant, continue Benoît Flamant. Car si mon portefeuille est composé pour 20% d’une seule et même valeur, il ne s’agit alors plus d’un fonds mutuel.»

Depuis quelques mois, Benoît Flamant a donc choisi de rapporter à ses clients la performance de l’indice auquel il se compare de deux façons: une première version qui prend en compte l’action Apple et une seconde qui l’exclut. Une méthode qui serait de plus en plus répandue et qui permettrait de relativiser le poids de la société sur le secteur technologique.

D’autant plus que si la dépendance à Apple a jusqu’ici été majoritairement positive pour le Nasdaq 100, l’inverse est dorénavant source de préoccupation pour les investisseurs. Habitués aux très bonnes performances de la société dirigée par Tim Cook – +23% en 2011 – ces derniers ont eu droit à quelques sueurs froides lorsque son action a chuté de 8,8% entre le 10 et le 16 avril dernier. Surtout que dans l’intervalle, le Nasdaq perdait près de 2%.

Face à cette situation, l’opérateur américain pourrait donc décider de revoir à nouveau la pondération du géant informatique dans son indice phare. Un événement qui reste néanmoins difficile à prévoir. «La transparence n’a jamais été le point fort du Nasdaq, observe Benoît Flamant. Mais ce qui est sûr, c’est que la dernière fois qu’ils sont passés à l’action, c’est quand la barre des 20% avait été franchie. Sans que rien n’ait filtré à l’avance», prévient-il.

En attendant, la domination d’Apple pourrait encore avoir de beaux jours devant elle. Certains analystes prévoient déjà une action à 1000 dollars – contre 564 dollars hier – et une capitalisation qui pourrait excéder les 1000 milliards de dollars d’ici à quelques années.

«Cette dépendance représente un grand problème pour les fonds indiciels»