Mi-janvier, une salle comble de banquiers et de financiers réunis dans la banlieue de Zurich écoutait une invitée plutôt inhabituelle. La foire financière annuelle accueillait Stephanie Kelton, une ponte de la «théorie économique moderne» et, surtout, la conseillère économique de Bernie Sanders. L’ouverture aux nouvelles idées a néanmoins des limites: la professeure d’économie à l’Université d’Etat de New York à Stony Brook avait 15 minutes chrono pour présenter sa théorie. Avant de se faire contredire pendant une demi-heure par deux autres orateurs, qui, pourtant, ne semblaient pas vraiment au clair sur ses thèses. Gênant.

Dommage parce que cette théorie propose avant tout un cadre de pensée différent de celui qui domine aujourd’hui et qui va au-delà de la simple idée de la relance par les investissements publics. Au lieu de réfléchir aux dépenses publiques sous l’angle de leur financement, il faut plutôt se préoccuper des éventuelles pressions inflationnistes qu’elles pourraient engendrer. Ainsi, a développé Stephanie Kelton, la question n’est pas: comment financer un plan d’infrastructure – il le sera de toute façon, via les recettes publiques et, si elles ne sont pas suffisantes, via le déficit –, mais est-ce que ce dernier conduira à une surchauffe?