La Suisse reste convalescente. Dix-huit mois après l’abandon du taux plancher, l’économie helvétique semble digérer le choc de l’envol du franc. Le PIB a progressé de 0,6% au deuxième trimestre, selon les chiffres publiés mardi par le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO). Soit deux fois plus vite qu’au premier trimestre.

«Ces chiffres sont dans le haut de la fourchette de nos attentes. Cela fait plusieurs mois que l’on constate une amélioration», développe Ronald Indergand, le chef de la conjoncture au SECO. Cette performance s’explique par le fait qu’aucun secteur ne s’affiche en baisse, ajoute-t-il. Les exportations des secteurs chimique et pharmaceutique ont notablement contribué à ce redressement.

La consommation privée au ralenti

Ces bonnes nouvelles ne doivent pas cacher quelques désillusions. La consommation des ménages n’avance plus (0%). Elle a pourtant longtemps contribué à la résistance de l’économie helvétique, dans un paysage européen tourmenté. Pour Bak Basel, ce constat n’est pas réjouissant. L’institut conjoncturel bâlois, cité par l’ats, pointe aussi le recul des investissements des entreprises dans les biens d’équipements (-0,9%), qui «démontre que le franc fort n’a pas fini de déployer ses effets négatifs»

Pour compenser ces difficultés, il y a le secteur public. Les dépenses de l’administration ont augmenté de 1,7% sur un trimestre. Et de 2,6%, par rapport à fin juin 2015. Cette hausse, détaille Ronald Indergand, est en partie liée à la détérioration de la conjoncture. Plus précisément à l’augmentation du nombre de bénéficiaires de l’assurance-chômage, notamment pour les entreprises qui ont recours au chômage partiel, ainsi que par la contribution de l’aide sociale.

Les dépenses de santé sont, elles aussi, en progression. Ici, l’apport réel du secteur public est moins aisé à quantifier, parce que des dépenses privées interviennent dans le calcul. Des statistiques de l’Office fédéral de la statistique (OFS), publiées en juillet, confirment par contre une montée en puissance des dépenses liées à la santé.

L’austérité «n’est pas nécessaire»

Tandis que la construction a biffé 3000 postes, que l’industrie en a perdu 9000, le secteur de la santé humaine et de l’action sociale en a lui créé 22 000, en une année. Le domaine de l’éducation, quant à lui, compte 3000 postes de plus, par rapport à fin juin 2015.

Une tendance qu’il ne faut surtout pas inverser, intervient Daniel Lampart. Sans parler de plan de relance, le chef économiste de l’Union syndicale suisse (USS) estime que «l’austérité prônée par certains cantons n’est pas nécessaire. Si l’on ne veut pas perdre le soutien fourni par l’économie intérieure, il faut adopter une stratégie procyclique, il faut dépenser quand les temps sont durs, et non pas l’inverse».

Dans un commentaire, l’OFS évoque d’ailleurs une sorte de cercle vertueux. «Les administrations publiques ont tendance à fournir toujours plus de biens et services au profit des ménages, en particulier au niveau de l’enseignement […] Ce soutien reste, cependant, tributaire de la bonne santé des comptes publics et de l’économie suisse sur le long terme».


Les prix stagnent

Les prix en Suisse sont restés quasi stables en août, selon l’OFS. Ils ont reculé de 0,1% au mois précédent et par rapport à août 2015.

Principalement, le repli s’explique par la baisse des prix des prestations hospitalières stationnaires (-2,5% comparé à juillet) et des voyages à forfait internationaux (-3,5%). Les transports aériens (-9,4%) et les produits pétroliers (-2,5%) sont également devenus plus avantageux.

Par rapport au mois précédent, les loisirs et activités culturelles étaient meilleur marché (-1%). L'indice des prix du logement et de l’énergie s’affiche quant à lui stable.

En revanche, avec la fin des soldes estivales, les vêtements et chaussures se sont renchéris (+2,5%) en août. Les aliments – à l’exception notable des fruits et légumes – et les boissons non alcoolisées coûtaient plus (+ 0,5%), de même que les boissons alcoolisées et le tabac (+ 0,9%).

En pleine haute saison, l’indice du groupe restaurants et hôtels a progressé de 0,4%, après un net recul en juillet. Dans l’hôtellerie seule, les tarifs ont grimpé de 3%.

Pour les produits indigènes, la variation par rapport à juillet s’inscrit à -0,1%. En rythme annuel, l’indice est demeuré inchangé. La baisse des prix des produits importés était légèrement supérieure, -0,2% comparé au mois précédent et -0,5% au regard d’août 2015.

Pour mémoire, les prix à la consommation ont reculé de 1,1% sur l’ensemble de 2015 en Suisse. Pour 2016, la Banque nationale suisse (BNS) table sur une inflation négative de 0,4%, puis sur un renchérissement positif de + 0,3% dès 2017.

L'indice des prix harmonisé, établi selon une méthodologie commune au sein de l’Union européenne (UE), se situait pour sa part à 99,63 points en août, soit stable sur un mois et sur un an. Cet indice, qui sera publié la semaine prochaine, permet de comparer les résultats de la Suisse avec celui des pays européens. (ATS)