Ce n’est pas de la colère, mais une frustration à peine dissimulée. Lors de son point presse le 5 mars, le Conseil fédéral avait annoncé une opération de grande envergure pour effectuer des tests de dépistage, notamment au sein des entreprises. Objectif: identifier les cas asymptotiques et éviter la propagation du virus. Coût de l’opération: un milliard de francs. Le projet, qui devait démarrer le 15 mars, a pris du retard.

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«Nos entreprises attendent»

«Nos entreprises attendent», lance une Kareen Vaisbrot impatiente. Membre de la direction et responsable de la «Politique patronale» de Swissmem, l’association de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux suisses, elle affirme que les entreprises sont prêtes pour mettre en œuvre la décision du Conseil fédéral «mais aucun matériel ou protocole n’a été fourni à ce jour. Nos entreprises sont disposées à contribuer pour assurer la sécurité sanitaire de leurs collaborateurs.»

Pour Kareen Vaisbrot, la promesse de la Confédération a tout de même été bien accueillie par Swissmem dont les membres comptent 320 000 collaborateurs. D’autant plus que les tests rapides seront pris en charge par la Confédération. «Mais nous avons surtout salué l’idée de lever l’obligation du télétravail à partir du moment où les tests sont effectués régulièrement au sein de l’entreprise, dit-elle. Nous sommes aussi favorables à l’idée d’en finir avec la période de quarantaine pour les personnes testées négatives.» Pour l’instant, il suffit d’avoir été en contact avec un cas positif pour être confiné pendant dix jours.

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C’est le même écho à la Fédération des entreprises romandes (FER). Les entreprises sont en attente d’informations plus concrètes que la seule déclaration d’intention de la Confédération. Pour le moment, les mesures barrières de base sont de mise pour la protection des collaborateurs: distanciation sociale, hygiène des mains, vêtements de protection et, dans la mesure du possible, le télétravail reste la règle.

Nestlé n’a pas attendu

«Nous sommes au point mort par rapport au plan du Conseil fédéral, regrette Philippe Miauton à la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie. Sa volonté est bonne, mais la mise en œuvre se fait attendre.» Selon lui, les entreprises sont partantes pour des tests rapides et réguliers en attendant que les vaccins soient disponibles.

Dans les grandes surfaces à Lausanne, les tests covid ne sont de toute évidence pas à l’ordre du jour. Les vendeurs ne sont même pas au courant. «Nous n’avons pas de tests à disposition, relève Tristan Cerf, porte-parole de Migros. On a mis un système de protection en place qui fonctionne tant pour nos collaborateurs que pour nos clients.»

C’est différent chez Nestlé à Vevey. La multinationale n’a pas attendu la Confédération pour mettre en place son système de protection qui comprend aussi les tests de dépistage. «Depuis l’automne dernier, nous les proposons gratuits, volontaires et anonymes sur nos différents sites», répond son porte-parole.

Les tests ne remplaceront pas les vaccins

Autres exemples: Zurich Assurance ou encore Sika organisent aussi des séances régulières de dépistage pour leurs collaborateurs. Le canton de Vaud compte une trentaine d’entreprises ayant mis en place des dispositifs avant l’annonce de la Confédération. Plusieurs laboratoires se profilent sur ce marché financé par la Confédération. Par exemple, Adecco Group Switzerland et Misanto, une entreprise de santé thurgovienne, s’associent pour permettre aux entreprises de proposer le test. Synlab (Suisse), filiale du laboratoire allemand, offre ses services déjà depuis plusieurs mois. C’est elle qui a effectué des tests rapides avant les matchs de la Ligue des champions. Désormais, elle se met à la disposition de la Confédération qui s’est engagée à offrir les tests.

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En réalité, le projet de la Confédération était compromis d’avance. Surtout au niveau du calendrier, qui a été jugé irréaliste. La Conférence des directeurs de la santé a averti la semaine passée que les capacités des laboratoires pourraient ne pas être suffisantes. Pour elle, la porte de sortie du covid réside dans la campagne de vaccination: plus on peut vacciner de personnes, moins il faut de tests.

Le canton de Vaud répond aux critiques. «Il s’agit d’un projet qui constitue un défi logistique de taille et toutes les entreprises ne peuvent pas être intégrées dès le premier jour, explique-t-on au Département de la santé et de l’action sociale. Mais elles seront invitées à le faire prochainement. Les organisations patronales et les faîtières seront informées des différentes possibilités qui s’offrent aux employeurs, et chacun pourra choisir la solution la plus adéquate pour son entreprise.»