S'il y a un chef d'entreprise qui sait très exactement quel est l'objectif de sa société, c'est bien Jens Alder. Certes, un objectif pas forcément exaltant, puisqu'il s'agit de défendre coûte que coûte ses parts de marché. Mais un objectif qui va de pair avec une marche des affaires extrêmement stable. Car les résultats 2002 présentés hier correspondent à quelques dixièmes de pour-cent près aux attentes des analystes, et confirment surtout la tendance de fond observée depuis 1998, date du début de la libéralisation du marché des télécoms: un recul continu de l'opérateur en téléphonie fixe et une progression en téléphonie mobile.

Côté résultats, si le chiffre d'affaires a augmenté de 2,5% à 14,53 milliards de francs, le bénéfice a, lui, fondu de 83,4% à 824 millions. Rien d'étonnant à cela: en 2001, Swisscom avait cédé 25% de sa division mobile à Vodafone pour 3,84 milliards, et vendu des bâtiments pour 568 millions. Par contre, une évaluation à la baisse du «goodwill» de Debitel, sa filiale allemande de téléphonie mobile, n'était pas attendue. Résultat: une correction de 702 millions de francs qui pèse durement sur le bénéfice net. Une mauvaise nouvelle pour Swisscom, certes, mais qui vient conforter la stratégie de Jens Alder, réticent à toute acquisition à l'étranger qui ne serait pas mûrement réfléchie. Certes, Debitel, forte de 10 millions de clients, est bénéficiaire. Mais les aventures passées de Swisscom en Asie ou en Europe de l'Est lui ont coûté plusieurs centaines de millions de francs. L'opérateur a d'ailleurs une nouvelle fois manifesté sa volonté de se retirer du capital de Cesky Telecom et d'Infonet Services. Questionné sur des rumeurs de rachat de Telekom Austria, Jens Alder a rétorqué que Swisscom n'a pas besoin de croître à l'étranger pour survivre.

Sans surprise, l'opérateur continue à parfaitement tirer son épingle du jeu dans le secteur de la téléphonie mobile. Malgré l'arrivée depuis bientôt cinq ans de concurrents, Swisscom a enregistré une hausse constante de ses abonnés mobiles et de son chiffre d'affaires (+4,1% à 3,255 milliards), et se permet le luxe de détenir encore 65% du marché, un chiffre exceptionnel pour un opérateur historique. Le nombre d'abonnés augmente, mais ils téléphonent moins: le chiffre d'affaires par client a baissé de 4,4% pour les communications vocales, alors que le chiffre d'affaires concernant les données a bondi de 24,5%. Une hausse qui s'explique par le succès toujours plus important du SMS, mais aussi par l'amélioration du réseau et le lancement du GPRS, qui permet de transférer des données, telles des pages Internet pour téléphones, à une vitesse plus élevée. Par contre, l'introduction du MMS (message multimédia) est trop récente pour que ses résultats soient significatifs.

Progression fulgurante de l'ADSL

Côté fixe, Swisscom continue de perdre du terrain. Le segment Fixnet a réalisé un chiffre d'affaires en légère baisse à 4,89 milliards, en partie due au recul de 7,1% du chiffre d'affaires lié au trafic national. Même si Swisscom a adapté ses tarifs fixes à ceux de la plupart de ses concurrents, l'arrivée progressive de Cablecom sur ce terrain risque de lui faire perdre de nouvelles plumes.

Côté ADSL, la progression fulgurante se poursuit avec près de 200 000 raccordements installés, toujours avec un retard de plusieurs semaines. Jens Alder a estimé que le seuil de rentabilité ne serait atteint qu'avec 400 000 raccordements, contre 300 000 selon une précédente estimation. Le président de la direction a enfin souligné la récente création de Swisscom Eurospot, filiale avec laquelle il veut devenir numéro un en Europe de l'Internet sans fil.

A la clôture de la Bourse, l'action de l'opérateur perdait 3,3% à 406,5 francs. Certains analystes estiment que les marges de l'opérateur sont trop faibles.