Givaudan a douché les attentes des analystes. La multinationale genevoise a vu le cours de son action s'effondrer de 15% en séance suite à l'annonce de résultats annuels décevants dans le contexte actuel – une baisse du bénéfice net de 6,6% à 256 millions à et une hausse du chiffre d'affaires de 11% à 2,67 milliards de francs – entachés par une provision et une réévaluation d'actifs. La première de 31 millions concerne les coûts d'intégration de FIS racheté l'an dernier à Nestlé et la seconde, de 31 millions encore, qui concerne un portefeuille de titres qui fond comme neige au soleil. L'action a clôturé hier à 487 francs, soit -10,5%.

«Nous avions investi dans des grosses capitalisations suisses dont certaines ont le blues ces temps-ci», selon Othmar Vock, le directeur financier qui n'exclut pas d'autres provisions en cas de chute prolongée des marchés financiers. Le portefeuille en question est passé de 520 à 290 millions de francs entre le début et la fin de l'année écoulée. Roche, toujours proche de Givaudan et dont l'ancien directeur financier Henri Meier est président de cette dernière, vient aussi de procéder à d'importantes réévaluations d'actifs.

Cherté du franc suisse

Le spécialiste des parfums et arômes a longtemps attiré les investisseurs comme valeurs non cycliques. Ces produits se retrouvent aussi bien dans les parfums Obsession de Calvin Klein que dans de nombreux sodas et produits alimentaires. Pourtant, le deuxième semestre a été difficile et le bénéfice net a surpris les observateurs, en plongeant de 21% à 99 millions de francs alors que beaucoup s'attendaient à une augmentation. L'intégration de FIS a soutenu les ventes qui sur l'année s'inscrivent en hausse de 11% à 2,67 milliards de francs ce qui, selon le CEO Jürg Witmer, fait de la firme genevoise le numéro un mondial des arômes devant son grand concurrent américain IFF.

Les responsables de Givaudan n'ont cessé de répéter le tort que leur causait la cherté du franc suisse par rapport aux autres devises. En monnaies locales les revenus s'apprécient non pas de 11 mais de 18%. La société reste solide avec des fonds propres de 2,7 milliards, qui représentent 61% au bilan et une dette nette de 374 millions de francs. Si la division arômes dégage de «bons résultats» avec une croissance 6,7%, celle des parfums apparaît comme moins dynamique. Les ventes ne progressent que de 5,2% en monnaies locales, et la marge opérationnelle diminue de 15,7 à 15,4% en un an. Le segment des parfums pour les produits de consommation a enregistré une progression à deux chiffres qui a généré l'essentiel de la croissance de la division. En revanche, la parfumerie fine et les ingrédients de parfumerie ont continué d'être affectés par les conditions du marché, notamment la chute des ventes dans les duty free liée à la baisse du trafic passagers enregistrée par les compagnies aériennes.

Le groupe affiche son optimisme pour 2003 en relevant son dividende de 8,10 contre 7 francs par action précédemment. Jürg Witmer veut améliorer son bénéfice net en 2003 et retrouver rapidement la marge opérationnelle de 2001. Cette dernière a évolué négativement de 17,6% au 1er semestre à 15% dans la seconde partie de l'année. Le patron de Givaudan, qui emploie 5844 personnes dans le monde, estime qu'il faut poursuivre la spécialisation du site de Vernier dans la production à forte valeur ajoutée au vu des coûts générés par une activité industrielle en Suisse. Par ailleurs administrateur de la société, Jürg Witmer a touché l'an dernier 1,157 million de francs et des options d'une valeur supérieure à 320 000 francs, selon le rapport annuel.