Matières premières

«La déprime des prix devrait durer encore une bonne dizaine d’années»

Philippe Chalmin, économiste français et grand spécialiste des matières premières, était de passage à Genève jeudi pour présenter la 30e édition de Cyclope

Philippe Chalmin, historien et économiste français, était à Genève jeudi pour présenter la 30e édition de Cyclope, un rapport de 800 pages concocté avec 80 experts et qui fait office de bible annuelle des marchés des matières premières. «On y trouve des analyses pour tous les produits, toutes les commodités», se félicite celui qui est également professeur à l’Université Paris-Dauphine. Du pétrole aux céréales en passant par les bois tropicaux, le fret maritime et, depuis cette année, le miel.

Pourtant, quand Philippe Chamlin a commencé l’aventure Cyclope, «personne ne s’intéressait aux matières premières», se remémore-t-il. Si la situation a bien changé, et qu’il ne se passe plus un jour sans que le prix du baril ne soit évoqué dans les médias, la situation actuelle ressemble pourtant à s’y méprendre à celle qui prévalait en 1986, assure le spécialiste.

Rebond temporaire des cours du pétrole

Cette conjoncture est celle d’une «déprime quasi généralisée» des prix qui fait suite à une période de fortes tensions sur les marchés, comme ce fut le cas à la fin des années 1970 ou entre 2006 et 2014. «A quelques exceptions près, tels que le cacao, le lithium ou le jus d’orange, tous les prix ont affiché des baisses importantes ces deux dernières années», précise Philippe Chamlin.

Selon lui, et même si les cours, à l’image du pétrole, sont repartis à la hausse depuis le mois de janvier, l’environnement baissier devrait durer encore longtemps. «Je ne crois pas que le rebond va se poursuivre», prédit-il tout en précisant que le prix moyen du baril de Brent, qui se négociait vers les 47 dollars jeudi, devrait être de 40 dollars sur l’année 2016.

Pour Philippe Chamlin, l’équilibre qui prévaut actuellement sur le marché du pétrole n’est dû qu’à des «accidents techniques et politiques», que ce soit les attaques contre des installations pétrolières au Nigeria ou les incendies au Canada. «Or en face, que ce soit en Irak ou en Iran, la production et les exportations continuent d’augmenter, fait-il remarquer. Ce qui veut dire que l’on devrait bientôt renouer avec une offre excédentaire et, par conséquent, avec une baisse des prix.»

Pousser les petits acteurs à sortir du marché

Sur le long terme, le professeur explique cette baisse généralisée par plusieurs facteurs. Du côté de l’offre tout d’abord, le fait que les investissements réalisés durant les années où les prix étaient élevés ne portent leurs fruits qu’aujourd’hui. Du côté de la demande ensuite, avec le ralentissement de l’économie mondiale et particulièrement chinoise.

S’y ajoute encore le fait que les principaux producteurs sont prêts à augmenter encore leurs moyens de production pour faire baisser les prix et sortir ainsi les plus petits acteurs du marché. «C’est la stratégie actuelle de l’Arabie Saoudite sur le pétrole, mais aussi celle des Chinois sur l’aluminium ou encore des Néo-zélandais sur les produits laitiers», souligne-t-il.

Selon lui, cet environnement de prix déprimés devrait durer encore une bonne dizaine d’années. Suite à quoi l’on pourrait assister à une nouvelle période de tensions, avec un marché déficitaire auquel s’ajouterait une «étincelle» du côté de l’offre qui viendrait, cette fois-ci, de l’économie indienne. Un éternel recommencement d’un cycle d’une trentaine d’années en somme, soit l’âge de Cyclope.

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