médecine

Dermosafe veut mieux détecter les mélanomes

La start-up vaudoise a conçu un nouvel outil. Une étude clinique va démarrer au CHUV

Il y a quelques années, Philippe Held a constaté une tâche suspecte sur le cou de sa fille. Il a voulu prendre un rendez-vous chez le dermatologue mais le temps d’attente s’élevait à plusieurs semaines. «Toutes les campagnes de prévention contre le mélanome rappellent qu’il faut pourtant consulter le plus rapidement possible», explique l’ingénieur vaudois, fondateur de la start-up DermoSafe.

Le diagnostic finalement posé s’avéra négatif, mais Philippe Held ne s’en contente pas. Il décide de trouver une solution pour améliorer le processus de prévention du mélanome, considéré comme l’un des cancers les plus mortels chez les moins de 55 ans. «Le mélanome a également plus de 95% de chance de guérison en cas de détection rapide», précise-t-il.

Après quelques mois de recherche, l’ingénieur romand développe grâce notamment au soutien de Platinn – une aide à l’innovation – un outil destiné aux médecins généralistes chez qui il est généralement beaucoup plus facile d’obtenir rapidement un rendez-vous pour contrôler un grain de beauté suspect. Il fonde en 2002 la start-up DermoSafe à Corseaux (VD).

Philippe Held a conçu un dermatoscope numérique, à savoir une sorte de loupe qui grâce à son système d’éclairage permet de faire des observations précises des grains de beauté, notamment de certaines structures invisibles à l’œil nu. Avec comme innovation de pouvoir prendre des images de très haute résolution et de les transmettre instantanément, via la plateforme web sécurisée DermoView, à un centre de compétence de télémédecine dermatoscopique en cours de constitution. Les spécialistes pourront ainsi rapidement donner un avis sur des images et conseiller de recourir à une éventuelle excision de la lésion.

«Actuellement, les médecins généralistes ne sont pas équipés de dermatoscopes. Lorsqu’ils ont un doute, ils font parfois une photographie avec leurs smartphones et l’envoient par courrier électronique à un confrère dermatologue, constate Thierry Weber, responsable marketing de DermoSafe. La confidentialité des données n’est pas assurée. En outre, la qualité des images n’est souvent pas suffisante pour que le dermatologue puisse faire son analyse.»

Le dermatoscope numérique, désormais finalisé, a obtenu le marquage CE, label lui octroyant le droit d’être commercialisé. «Nous allons démarrer une étude clinique avec le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) auprès de 200 patients, sous la houlette d’Olivier Gaide, responsable de l’unité de dermato-oncologie du Département de dermatologie du CHUV», précise Philippe Held.

En constante augmentation depuis vingt ans, quelque 2000 nouveaux cas de mélanome sont recensés chaque année en Suisse. «La détection précoce de ce cancer est un élément important. Sa capacité de faire des métastases de manière agressive en fait un tueur redoutable. Le système actuel de notre santé fonctionne sur l’idée que les patients ayant des grains de beauté suspects vont consulter leur généraliste et être envoyés chez un spécialiste si nécessaire, ou qu’ils vont consulter directement un spécialiste. Toutefois, ce processus peut prendre des mois, tant il est difficile d’obtenir un rendez-vous chez un dermatologue. Ceci peut se traduire dans l’évolution d’un cancer de la peau et avoir des conséquences dramatiques, explique dans un courrier Olivier Gaide. Nous pensons que DermoSafe représente une solution prometteuse au problème.»

La start-up vaudoise, qui a obtenu le Prix Axa Innovation Award 2012 ainsi qu’un prêt de 100 000 francs de la Fondation pour l’innovation technologique (FIT) espère commercialiser ses premiers dermatoscopes numériques début 2014. «Nous recherchons des fonds externes, soit une somme de 500 000 francs pour aller sur le marché», note Philippe Held.

Soutenu par la promotion économique du canton de Vaud, DermoSafe espère convaincre quelques milliers de médecins sur les 6000 généralistes répertoriés en Suisse. «Nous allons vite nous diriger vers l’étranger. Dès 2015 nous pensons commercialiser notre appareil en Europe et espérons compter rapidement une dizaine d’employés», prévoit le directeur de DermoSafe. En matière de revenus, ceux-ci seront générés grâce à un modèle de licence mensuel ou annuel. Toutefois, il est encore prématuré pour divulguer les prévisions de chiffre d’affaires.

Outre les médecins généralistes, DermoSafe pourrait également viser les pharmaciens ainsi que les campagnes d’information et de prévention du mélanome. «Mon objectif n’est pas de remplacer les professionnels mais de soutenir leur activité de prévention, de détection et de prise en charge de la maladie», tient à souligner Philippe Held. C’est toujours les dermatologues qui donneront le verdict final, mais parfois via leur ordinateur.

«Cette méthode de télémédecine débouchera peut-être sur d’autres inventions dans le même esprit pouvant permettre de dépister ou de suivre des pathologies non soupçonnées et ayant des conséquences à long terme qui pourraient être évitées grâce au dépistage précoce», estime pour sa part Thierry Wälli, ancien directeur médical de la clinique la Prairie à Clarens (VD) et membre du comité consultatif de DermoSafe.

«Le processus peut prendre des mois, tant il est difficile d’obtenir un rendez-vous chez un dermatologue»

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