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Le dernier carré des banquiers privés genevois a été dispersé

Devenues rares à Genève, les maisons aux mains des dynasties de banquiers se regroupent au sein d’une alliance désormais à l’échelle nationale. Tour d’horizon de quelques groupements d’établissements helvétiques dont les noms suscitent la confusion

Le dernier carré des banquiers privés genevois a été dispersé

Mutation Devenues rares à Genève, les maisons aux mains des dynasties forment une alliance nationale

Celle-ci balaie l’idée d’un «front du refus» face aux Etats-Unis

Le démantèlement du conservatoire créé pour recueillir le banquier privé genevois «indéfiniment responsable» des avoirs de sa clientèle – espèce en voie de disparition – a été annoncé mercredi. Le groupement, formé au début des années 30 et défendant leurs intérêts auprès des autorités genevoises, ne comptait plus qu’un membre méritant encore cette appellation: Bordier & Cie. Lombard Odier & Cie, Mirabaud & Cie et Pictet & Cie, ses trois homologues également nées il y a deux siècles, se sont transformées en sociétés anonymes en février dernier.

Association des banquiers privés suisses?

Bordier – dont le responsable se défendait cet été d’être le «dernier des Mohicans» – sera réunie le 1er janvier avec neuf autres maisons encore propriété de dynastie de banquiers «indéfiniment responsables» aux quatre coins du pays. En dehors de Genève – canton dans lequel Bordier, Mourgues d’Algue ou Gonet partagent cette distinction – on trouve les maisons bâloises E. Gutzwiller & Cie et Baumann & Cie, ainsi que Reichmuth Co à Lucerne et Rahn & Bodmer Co à Zurich.

Leur «Association des banquiers privés suisses» sera dirigée par Grégoire Bordier. Le communiqué annonçant l’alliance ne fait pas mystère «d’ambitions plus modestes» que celle ayant animé le quarteron genevois qui vient de disparaître. Son rôle sera surtout de veiller à ce que d’autres n’osent utiliser la marque déposée «banquiers privés».

… Association de banques privées suisses?

Attention, une association peut en cacher une autre. Les distinguer est d’autant plus délicat que la différence lexicographique est subtile. En parallèle, une «Association de banques privées suisses» sera créée le 1er janvier. S’y retrouvent toutes les maisons traditionnelles qui restent aux mains de banquiers privés. Et celles qui l’ont été. Soit les survivantes évoquées – seule Baumann ne veut appartenir aux deux entités – qui s’aggloméreront autour de Pictet, Lombard Odier, Mirabaud et de la bâloise La Roche 1787 Banquiers Privés, quatre banques devenues des SA.

«Ces institutions, qui restaient similaires dans l’esprit, voulaient continuer à travailler ensemble», justifie une porte-parole de cette Association de banques privées suisses. Mission de ce groupement, présidé par Christoph Gloor, associé de La Roche 1787? Faire du lobbying au niveau fédéral pour défendre les établissements spécialisés dans la gestion de fortune.

… ou Association suisse des banquiers?

Il ne faudra pas confondre ces deux entités avec l’Association suisse des banquiers – l’ASB – fondée en 1912. Elle aussi ferraille à Berne afin de porter les intérêts de tout le secteur bancaire.

«Sur la plupart des problématiques, on se range derrière l’ASB – on fait partie des mêmes groupes de travail, des mêmes voyages pour défendre la place helvétique», reconnaît la porte-parole des banques privées. Avant de noter que l’ASB représente 333 membres – aussi bien le réseau PostFinance que des multinationales de dizaines de milliers d’employés comme Credit Suisse – et donc des intérêts «parfois distincts de ceux ne faisant que de la gestion de fortune».

Fondation Genève Place Financière

Le Groupement des banquiers privés genevois n’est plus mais une entité de lobbying subsiste au niveau cantonal. La Fondation Genève Place Financière. Celle-ci sera dirigée par Edouard Cuendet, député au Grand Conseil et… ancien responsable du groupement.

Association Program 2013

Cette mise en ordre serré des banques privées d’ici au 1er janvier serait-elle liée à la formation d’un nouveau carré de résistants face à l’ultimatum lancé par les Etats-Unis fin août – «front du refus» dont le bruit court depuis peu?

«Il n’y a aucune attitude dictée par l’association, ne serait-ce que parce qu’elle regroupe aussi bien des institutions d’une vingtaine d’employés que des groupes de plusieurs milliers de collaborateurs comme Pictet», balaie la porte-parole des banques privées. La seule initiative concertée face à cette menace américaine est celle lancée en septembre par l’ASB et qu’ont rejointe 85 établissements. Baptisée Association Program 2013, elle aide ces derniers à rassembler au mieux les données qu’elles fourniront à Washington sur leur clientèle américaine l’an prochain.

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