Souffler pour enlever la poussière, insérer la cassette dans le bon sens, rembobiner la bande… Le magnétoscope imposait ces rituels à quiconque voulait regarder un film. C’est désormais terminé. A la fin juillet, le dernier producteur de magnétoscope au monde, Funai Electric, s’est retiré du marché. Cette entreprise japonaise écoulait ses appareils principalement aux Etats-Unis et en Europe sous la marque Sanyo.

L’année dernière, Funai Electric avait vendu 750 000 appareils, soit vingt fois moins que dans les années 2000. Ce groupe était le seul sur ce créneau depuis le retrait de Panasonic en 2012. Nostalgie quand tu nous tiens, le hashtag #RIPmagnétoscope fait le tour de la Toile depuis quelques jours.

 

On rembobine

Le magnétoscope voit le jour en 1956. Son coût élevé le destine aux seuls professionnels, mais l’entreprise Sony sent le bon filon et démocratise l’invention en 1963. «C’était un événement car on n’était plus obligé de regarder la télé en même temps que les autres», se souvient Philippe Moati, cofondateur de l’Observatoire société et consommation (Obsoco) cité par l’AFP. Le magnétoscope s’impose tranquillement dans les foyers. En 1990, 66% des ménages américains en possèdent un, contre 14% en 1986, selon le Washington Post.

Qui dit magnétoscope dit cassette. Les deux fabricants Sony et JVC bataillent pour imposer chacun son format, et c’est finalement le standard VHS de JVC qui l’emporte sur le Betamax de Sony, en occupant 90% du marché dans les années 80. La victoire de la VHS est devenue un cas d’école d’histoire des technologies; moins performante que les techniques concurrentes, elle s’est imposée par sa simplicité et sa capacité à se diffuser rapidement.

L’année 2001 marque la consécration pour JVC, explique le site South Tree: mises bout à bout, toutes ses bandes-vidéo produites cette année-là représenteraient 987 fois la distance entre la terre et la lune… Malgré sa défaite, Sony continue de vendre ses cassettes Betamax jusqu’en 2015 et à assembler des magnétoscopes jusqu’en 2002.

L’industrie du cinéma préoccupée

C’est le magnétoscope qui inaugure la première polémique sur les droits d’auteurs. La possibilité d’enregistrer des films gratuitement inquiète terriblement l’industrie du cinéma, rappelle l’OMPI. La question est portée devant les tribunaux américains et la Cour suprême tranche en faveur du magnétoscope. Ce qui se révèle finalement un avantage économique pour les producteurs de films: en 1986, Disney génère 100 millions de dollars supplémentaires grâce à la location et à la vente de ses dessins animés sous forme de cassettes.

Premier symbole d’autonomie face aux écrans, la VHS finit par être rattrapée par une autre invention de Sony: le DVD, moins encombrant et à la qualité d’image incomparablement supérieure. En seulement 4 ans, la vente de DVD dépasse celle des cassettes. Les jours de la bande magnétique sont désormais comptés.

Une demande quasi nulle en Suisse

Aujourd’hui en Suisse, il n’y a plus de demande de cassettes vidéos selon Michael Frei, directeur du magasin de DVD Le Karloff, à Lausanne. «Pour preuve, la grande majorité des cassettes ne valent rien sur Internet et les vendeurs de seconde main n’en veulent pas», explique-t-il. «Il y a néanmoins quelques collectionneurs très pointus qui recherchent des classiques français ou des films new wave des années 80, mais ils sont rares.»


Un retour de la cassette, comme pour le vinyle?

La population suisse reste attachée aux supports physiques. Selon une étude de l’OFS, deux tiers des suisses utilisent le DVD ou le Blu-Ray pour regarder des films. De plus, le vinyle connaît un regain d’intérêt depuis quelques années.

En sera-t-il de même pour les magnétoscopes et leurs cassettes? Peu probable, estime Philippe Moati, en raison de la mauvaise qualité de l’image des VHS. La qualité du son d’un vinyle, en revanche, est supérieure à celle d’un fichier mp3, ce qui lui confère un réel pouvoir d’attraction sur les nouvelles générations. Michael Frei doute lui aussi d’un retour du VHS: «La demande est nulle, et les appareils disparaissent. On peut au mieux imaginer une renaissance «culte» comme récemment la cassette audio, dans un milieu très underground.» Pour la cassette vitrée, le rembobinage est terminé.