A un peu plus d’un mois de Noël, Microsoft a ouvert le bal de la nouvelle génération de consoles de jeux vidéo avec la sortie des Xbox Series X et S ce mardi. Dans deux jours, ce sera au tour de Sony de répliquer avec sa PlayStation 5 (PS5), d’abord dans sept pays, puis au niveau mondial, dont la Suisse, le 19 novembre.

L’arrivée sur le marché des appareils des deux concurrents n’a pas toujours été aussi serrée, mais depuis la génération précédente l’écart est passé de plusieurs mois à quelques jours. «Aucune des deux entreprises ne veut laisser à l’autre la possibilité de prendre de l’avance. Le marché des consoles est lié à des dynamiques de vente, une fois qu’un élan est engagé, il est très difficile d’infléchir la tendance à son avantage», souligne Piers Harding-Rolls, directeur de recherche spécialisé dans le jeu vidéo pour le cabinet Ampere Analysis.

Sony fait la course en tête

Jusqu’à présent, la société japonaise l’emporte. Avec plus de 155 millions d’exemplaires vendus, la PS2 sortie en 2000 détient toujours le record de la console la plus vendue. Mais même pour la génération précédente, Microsoft n’a écoulé qu’environ 50 millions de Xbox One contre plus de 110 millions de PS4.

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«Un joueur qui s’est habitué à évoluer dans l’environnement Sony aura du mal à changer, estime Charles-Louis Planade, expert jeux vidéo chez Midcap Partners. Il faut aussi noter qu’à l’exception des Etats-Unis, la PlayStation domine la Xbox sur tous les marchés.» Selon les projections d’Ampere Analysis cette situation devrait sans surprise se maintenir. Le cabinet table sur 13,5 millions d’unités vendues pour Microsoft contre 17,9 millions pour Sony d’ici à la fin de l’année 2021.

Que ce soit pour la PS5 ou la Xbox Series X, les deux constructeurs ont fait face à des précommandes massives. En septembre, Sony annonçait que l’ensemble des appareils disponibles avaient été réservés en quelques heures. Toujours selon les projections d’Ampere Analysis, cette situation de demande supérieure à l’offre devrait durer jusqu’en mars.

Des produits similaires

Mais cette «guerre des consoles» a de moins en mois de sens. «Il s’agit surtout d’une narration marketing, estime Yannick Rochat chercheur en humanités numériques à l’Université de Lausanne et cofondateur de l’UNIL GameLab. On met en scène un conflit entre Sony et Microsoft. Il ne faut pas oublier qu’il y a d’autres acteurs comme Nintendo, qui a refusé de faire une course à la puissance et qui s’en sort très bien.» La marque japonaise a pourtant été la première à se livrer à une guerre de communication agressive dans les années 1980 avec son concurrent de l’époque, Sega.

Pour les observateurs du secteur, les deux consoles à venir sont des produits comparables. Si sur le papier Xbox propose une console un peu plus puissante, la PlayStation promet un catalogue de jeux un peu plus attractif. Les deux appareils seront vendus au même prix: 499 francs. Une différence pour les petites bourses: la PS5 Digital Edition, sans lecteur Blu-Ray sera proposée à 339 francs, tandis que Microsoft propose une Xbox Series S à 299 francs, sans lecteur mais également moins puissante.

La fin des consoles physiques?

Désormais les deux entreprises se distinguent surtout par leur stratégie. «La différence de parts de marché entre Sony et Microsoft fait que ce dernier s’oriente davantage sur une offre d’abonnement plus agressive», souligne Piers Harding-Rolls. Le fabricant américain s’appuie beaucoup sur son Xbox Game Pass, proposant un accès à de nombreux jeux contre un abonnement mensuel, tandis que Sony vise surtout à élargir au maximum sa base de joueurs.

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Pour plusieurs analystes du secteur, cette génération pourrait signifier la fin des consoles physiques pour laisser la place au jeu à la demande en ligne (cloud gaming). «On annonçait déjà la disparition de la console pour cette génération, nuance Yannick Rochat, mais on a vu avec l’exemple de Google Stadia que la technologie du jeu en streaming est efficace mais ne convainc pas encore.»

Reste que désormais les deux fabricants cherchent surtout à se distinguer sur leur catalogue de jeux. En septembre dernier, Microsoft rachetait un ensemble de studios, dont Bethesda, un des poids lourds de la création vidéoludique, pour 7,5 milliards de dollars. De son côté, Sony est habitué à s’attacher la collaboration, et l’exclusivité, de studios à succès.