Commerce

Désaffection pour les accords de libre-change

En Europe comme en Suisse, la contestation monte contre ces accords qui poussent la libéralisation du commerce encore un peu plus loin. La classe moyenne se sent menacée par la mondialisation

Quelque chose ne tourne pas rond dans le monde des accords bilatéraux de libre-échange (ABLE), ces instruments négociés entre deux pays ou groupes de pays, dont l’objectif est de libéraliser encore un peu plus le commerce des marchandises et des services. Ils ont proliféré ces dernières années dans un contexte du cycle de Doha, mort-né en 2001.

A elle-seule, l’Union européenne (UE) en a conclu une quarantaine. Les Etats-Unis, une bonne vingtaine. La Suisse qui gagne un franc sur deux à l’étranger, est une grande adepte, avec une trentaine d’accords déjà en vigueur. Elle peut même s’enorgueillir d’avoir signé avec la Chine; l’UE, très envieuse, n’est qu’au stade exploratoire.

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Il n’empêche. Il y a désormais une grande désaffection pour les ABLE. Les autorités européennes qui ont ouvert de nombreux chantiers en sont bien conscientes. Dans la plupart des cas et pour des raisons diverses, les négociations sont au point mort. Le Japon ne veut pas ouvrir son marché agricole aux produits européens. Les agriculteurs européens ne veulent pas négocier avec le Mercosur par peur de la concurrence de la viande, de légumes et de fruits d’Amérique du Sud. L’Inde, elle met le pied au mur contre l’exigence européenne en matière de propriété intellectuelle.

Mais c’est surtout le projet Transatlantic Trade and Investment Partnership, plus connu sous son abréviation TTIP qui donne du fil à retordre à Bruxelles. Fait nouveau, les Etats eux-mêmes montent aux barricades. De leur part, il peut s’agir de postures de négociation. Soit. Mais il y a aussi les préoccupations exprimées par la société civile. En Allemagne, puissance exportatrice par excellence, 17% de la population seulement soutient le TTIP, selon un récent sondage. Samedi dernier, des dizaines de milliers de protestataires sont descendus dans les rues à Hanovre. Là où le président américain Barack Obama sermonnait ses homologues européens à conclure les négociations avant la fin de son mandat cette année.

Selon Elvire Fabry, chercheuse à l’institut Jacques Delors à Paris, il faut se rendre à l’évidence. Les protestations n’ont rien à voir avec les normes des produits, avec les tarifs douaniers ou encore avec les règles techniques du commerce. Elles dénoncent la perte de souveraineté de l’État au profit des multinationales qui sont parvenues même à se faire installer une justice parallèle. La société civile peut privilégier la sécurité alimentaire, l’agriculture locale et le respect des normes sociales et environnementales.

La chercheuse note aussi que les protestataires mettent en cause la mondialisation qui s’est accélérée ces dernières années et qui a mené à la désindustrialisation dans de nombreux pays. Un phénomène qui, selon elle, menace la classe moyenne européenne.

En Suisse, la contestation contre les ABLE est incarnée principalement par l’Alliance Sud, un collectif d’organisations non gouvernementales. Sa principale réalisation: désormais, les accords négociés par Berne contiennent des clauses liées à la protection des droits humains et sociaux.

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