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L’incertitude sur le climat politique européen et les perspectives de croissance des bénéfices plus basses qu’aux Etats-Unis conduisent à une sous-performance des actions européennes.
© Clemens Bilan / AFP PHOTO

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Le désamour pour l’Europe devrait persister

Depuis de longs mois, les investisseurs en actions se détournent de l’Europe au profit des Etats-Unis. Les stratégistes expliquent pourquoi ce scénario se prolonge et proposent leurs idées pour en profiter

Les investisseurs quittent progressivement l’Europe pour des horizons américains apparemment plus radieux. L’évolution des flux de fonds ne laisse planer aucun doute. Les fonds de placement investis en actions européennes ont subi une 17e semaine consécutive de dégagements (-2,9 milliards de dollars), selon les estimations de Bank of America Merrill Lynch.

Dans les ETF, le mois de juin représente le quatrième mois consécutif de ventes nettes en actions européennes, d’après BlackRock. Les raisons sont les suivantes:

1. Une moindre croissance des bénéfices

Les investisseurs privilégient les actions des régions qui, pour une valorisation semblable, offrent les plus fortes croissances de bénéfices. Or, depuis leur plus haut de 2007, les bénéfices des entreprises européennes ont baissé de 19% alors qu’ils ont augmenté de 60% aux Etats-Unis. «L’écart de croissance des bénéfices a débuté peu avant l’éclatement de la crise financière, dès 2007, et s’est massivement accru à partir de 2011», précise Maximilian Kunkel, responsable de la stratégie (CIO) pour l’Allemagne chez UBS Global WM.

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Les attentes des analystes pour les résultats au deuxième trimestre (+7% en Europe et +20% aux Etats-Unis) ont été revues à la baisse en Europe ces deux derniers mois (-2 points de %) malgré le soutien apporté par la baisse de l’euro. Cela pourrait ouvrir la voie à des surprises positives, selon Morgan Stanley. Mais, pour la banque américaine, les perspectives des sociétés européennes restent maigres et inchangées pour l’ensemble de l’année (+9%) et pour 2019 (+4%). Aux Etats-Unis, la hausse serait de 20% en 2018.

2. Le manque d’attrait de la composition des indices européens

La hausse des actions américaines s’est concentrée sur les grandes valeurs technologiques au bénéfice d’excellentes perspectives bénéficiaires. Ce secteur représente 25% de la bourse américaine, contre 8% en Europe, selon UBS.

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La branche des financières, prépondérantes sur le Vieux-Continent, est jugée décevante et «la série de mauvaises nouvelles ne devrait pas être terminée», promet Morgan Stanley.

«Les perspectives des banques américaines sont meilleures que celles de leurs concurrentes européennes en réaction aux projets de déréglementation envisagés par le gouvernement Trump», déclare Martin Lück, responsable de la stratégie pour BlackRock en Allemagne, Suisse, Autriche et Europe de l’Est.

3. La guerre commerciale et la politique

La montée du protectionnisme pénalise les bourses et ne semble pas se terminer avec l’arrivée de l’été. Les montants en cause sont d’ailleurs de plus en plus élevés. Les dernières menaces parlent de 200 milliards de dollars. Pékin ne pourrait pas répliquer par des sanctions de même ampleur, n’ayant importé «que» 130 milliards de dollars de biens américains en 2017, selon une note de Mirabaud.

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Même si chacun sait que personne ne ressort gagnant d’une guerre commerciale, certains pays sont davantage perdants que d’autres, comme le montre la baisse de presque 15% de la bourse de Shanghai alors que les titres américains sont en hausse de 5%. Le conflit commercial exerce un impact sur les écarts de performances, «mais ce n’est pas le principal», selon BlackRock.

L’avenir resterait américain

Les stratégistes de Morgan Stanley, UBS Global WM, Mirabaud, BlackRock, Reyl, pensent que la sous-performance des actions européennes devrait se poursuivre ces six prochains mois. «La sous-performance européenne persistera tant que la profitabilité des entreprises ne se rapprochera pas davantage de leurs concurrentes américaines», révèle Maximilian Kunkel. D’ici trois ans, cela pourrait évidemment changer, selon UBS Global WM. Le poids des titres technologiques restera toutefois un atout majeur en faveur du marché américain. «Les actions américaines profitent aussi de la réforme fiscale, laquelle dégage des liquidités que les entreprises peuvent mettre à profit pour procéder à des rachats d’actions et ainsi alimente la hausse des indices», ajoute Martin Lück.

Khaled Louhichi, analyste responsable des actions américaines auprès de Mirabaud, favorise légèrement les actions américaines, malgré une valorisation plus élevée qu’en Europe. La banque anticipe une réduction de l’effet positif de la baisse des impôts aux Etats-Unis dès 2019. Le risque de surprises politiques en Europe et les interrogations sur la dette italienne empêchent cependant la banque d’être davantage positive sur les actions européennes. L’analyste explique que les investisseurs américains avaient acheté des actions européennes en raison de l’écart d’évaluation et d’une reprise économique en Europe. Mais ils ont été déçus ces derniers mois par l’incertitude politique (Allemagne, Italie), la faiblesse de l’activité économique et dans une moindre mesure, par le renvoi par la BCE d’une hausse des taux à la fin 2019.

Les actions allemandes privilégiées

Le moment du retour de l’Europe, donc d’une sur-performance par rapport aux Etats-Unis, est difficile à prévoir. Martin Lück, chez BlackRock, est d’avis qu’un environnement économique favorable en Europe est une condition sine qua non pour un tel virage. Si les investisseurs privilégient la prudence («risk off»), leurs préférences iront aux titres américains. BlackRock ne s’attend pas à une récession américaine en 2019 ni en 2020. Si une stagnation ou une modeste croissance devait se produire d’ici deux ans aux Etats-Unis, les actions européennes n’en profiteraient pas, car l’économie européenne ne serait guère capable de générer à elle seule une hausse significative du PIB. Ce n’est que lors d’une possible ré-accélération conjoncturelle ultérieure, selon Martin Lück, que les actions européennes auraient des chances de mieux se comporter que les Etats-Unis.

Au sein des actions européennes, Maximilian Kunkel privilégie les actions allemandes. Leur valorisation (PER) est au plus bas depuis quinze ans par rapport au marché européen. Après une forte hausse des cycliques, Martin Lück privilégie les titres dits de «qualité», c’est-à-dire de sociétés dont les bénéfices sont résistants aux cycliques et capables d’offrir un dividende élevé et si possible en hausse (consommation, santé et services aux collectivités). Mais à court terme, les technologiques, certes assez chères, pourraient continuer à bien se comporter. Khaled Louhichi favorise les actions cycliques et la technologie, même si le marché commence à se porter sur des actions plus défensives.

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