Finance

Le désespoir bancaire des Suisses de l’étranger

Les portes des établissements helvétiques se ferment aux Suisses vivant à l’étranger. Réunis en assemblée vendredi à Aarau, ils demandent à pouvoir se tourner vers PostFinance

Le désespoir bancaire des Suisses de l’étranger

Comptes Les portes des établissements helvétiques se ferment aux Suisses vivant à l’étranger

Réunisen assemblée, ils demandent à se tournervers PostFinance

«Le compte bancaire suisse est notre problème numéro un», désespérait vendredi Beat Knoblauch, un binational australo-suisse. Lors de la séance du Conseil des Suisses de l’étranger (CSE), présidé par Jacques-Simon Eggly, les difficultés bancaires croissantes des 732 000 Suisses de l’étranger avec les banques helvétiques étaient dans tous les esprits.

Une résolution a d’ailleurs été proposée aux 87 membres présents demandant à la Confédération que PostFinance, dans le cadre de son contrat de service public, assure à tous les Suisses de l’étranger une offre élargie (compte privé, épargne, troisième pilier, formation, argent issu d’héritages, crédits hypothécaires). A condition naturellement que l’argent soit déclaré. Elle a été acceptée, sans aucune opposition, après un débat enflammé.

Cette semaine, PostFinance s’est déclarée ouverte au maintien d’une offre restreinte, en fonction des pays, ainsi qu’au maintien d’une hypothèque déjà conclue, jusqu’à son échéance. Si le client désire ensuite une prolongation, la banque proposera sa gestion auprès de ses partenaires.

Certains représentants ont même demandé s’il était possible de témoigner dans la presse des pratiques des banques suisses. Ces dernières, qui ont longtemps vécu de l’argent douteux, pénalisent honteusement aujourd’hui les Suisses de l’étranger, s’est plaint un autre ambassadeur. «Ce sont des banksters», s’est emporté un représentant des Suisses en Hongrie.

Ce dossier occupe le CSE depuis six ans, selon David Merker, qui représente les 80 000 Suisses domiciliés aux Etats-Unis. Le conseiller national saint-gallois Roland Büchel (UDC) a d’ailleurs déposé une motion à Berne qui devrait, selon lui, être traitée en septembre. Les banques devraient garantir cet accès d’autant qu’elles sont de plus en plus à être catégorisées trop grandes pour faire faillite, a déclaré Roland Büchel. Cette semaine encore, Raiffeisen a rejoint la liste des établissements suisses jugés «too big to fail».

Vendredi, dans la salle du Grand Conseil du canton d’Argovie, les témoignages se sont succédé. Sur une forte et subite hausse des frais ou une clôture inattendue du compte, par exemple. «Les petits clients ont dû faire face à des commissions toujours plus élevées, puis les contrats ont été résiliés. Les problèmes concernent non seulement leur épargne en Suisse, mais aussi leur prévoyance et leur assurance maladie (relevée de 200 francs simplement parce que l’assuré est à l’étranger)», décrit Elisabeth Michel. Cette Suissesse domiciliée en Allemagne a fait état d’une commission de 15 francs par mois pour une rente AVS de 90 francs. Et d’ajouter qu’une procuration à un parent en Suisse ne permet pas d’avoir un accès à un compte en Suisse.

Autre exemple: Georg Stuber, employé de la Ville de Saint-Gall durant 35 ans, aujour­d’hui à la retraite, vit à Prague depuis trois ans. A Aarau, il a expliqué que les statuts de sa caisse de pension exigeaient que le transfert de son deuxième pilier se fasse sur un compte suisse. Problème: aucune banque n’accepte cet assuré parce qu’il vit à l’étranger. En août 2013, il a reçu un courrier de Raiffeisen lui demandant de remplir un formulaire indiquant la clôture du compte à la fin octobre (pour un coût de 35 francs).

Georg Stuber a certes tenté d’ouvrir un compte dans d’autres instituts régionaux, sans succès. Raiffeisen a déjà expliqué qu’elle se concentrait sur la clientèle basée en Suisse. «Ce n’est pas le passeport qui importe, mais le lieu de résidence. En raison de l’augmentation des réglementations et des incertitudes juridiques, la banque a décidé de limiter les relations bancaires avec l’étranger», expliquait Raiffeisen au Temps en début de semaine.

Les réticences des banques peuvent empêcher la création d’entreprises en Suisse. Un entrepreneur double national (Suisse et Etats-Unis), donc une «US Person», n’a pu ouvrir un compte en Suisse afin de créer une entreprise. Après avoir demandé l’aide de l’ombudsman des banques, ce dernier lui a expliqué que «nul ne dispose d’un droit à l’ouverture et à la gestion d’un compte», mais que certains instituts continuent de proposer leurs services moyennant «certaines exigences et restrictions». Il a été prié de s’adresser à l’ambassade des Etats-Unis ou à un avocat spécialisé.

«Ce n’est pas le passeport qui importe, mais le lieude résidence»

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