économie mondiale

Dans le désordre mondial, l’Europe devra choisir

Aux rencontres économiques annuelles d’Aix-en-Provence, la capacité de l’Europe à résister aux assauts commerciaux américains a fait l’objet de vifs débats

La question ne lui a pas été posée. Les rencontres économiques annuelles d’Aix-en-Provence se sont donc achevées, dimanche, sans que Christine Lagarde confirme, ou non, si elle pourrait briguer en 2019 la présidence de la Commission européenne. Mais sur l’Europe, en revanche, la patronne du Fonds monétaire international s’est longuement exprimée.

Priorité, en pleine guerre commerciale? La relance impérative de la «machine à convergence», surtout au sein de la zone euro pour laquelle elle défend l’idée d’un budget propre acté, mais toujours pas approuvé: «La capacité budgétaire commune est une nécessité, a-t-elle rappelé. La Banque centrale européenne a fait tout ce qu’elle a pu. C’est au tour des Etats membres d’assurer l’avenir de la monnaie unique en investissant d’urgence, par exemple, dans des projets transnationaux, mais aussi, pourquoi pas, pour créer un fonds d’intervention social, afin d’aider les pays qui en auront besoin en cas de nouvelle crise. Dans le rapport de force qu’on voit se profiler entre les Etats-Unis, d’une part, et la Chine, de l’autre, l’Europe peut jouer une carte tout à fait particulière […]. L’Europe est stratégique pour l’un comme pour l’autre.»

Handicap de l’UE: les blocages populistes

Difficile, toutefois, de garder cet optimisme au fil des débats et des interventions sur le site universitaire d’Aix. Deux entreprises européennes de taille mondiale, le pétrolier Total et l’armateur CMA-CGM, y ont ainsi confirmé leur abandon de toutes opérations avec l’Iran, pour éviter de se retrouver frappé par les sanctions extraterritoriales décrétées par les Etats-Unis le 10 mai.

Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, si peu confiant dans la capacité de l’Union européenne à résister, s’est même publiquement trompé, déplorant que l’UE n’ait pas, lors du premier train de sanctions en 1993, «traîner les Etats Unis devant l’OMC». Ce qui est faux. L’Union avait alors entamé la procédure, puis l’avait retirée suite à un accord formel avec Washington. Un recours est de nouveau envisagé.

Le handicap de l’UE? Son fonctionnement actuel, et le blocage des populistes. La déclaration finale des rencontres d’Aix appelle d’ailleurs à «reconstruire l’Europe autour de ses valeurs fondamentales avec ceux qui les partagent, tout en conservant le socle économique et financier». En ajoutant: «Nous sommes conscients que cela pourrait remettre en cause le fonctionnement des organisations existantes. C’est la raison pour laquelle il nous paraît essentiel de consolider les dispositifs financiers et fiscaux en place.»

Oui, donc, à la finalisation de l’Union bancaire. Oui à une réforme du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation trop peu doté (150 millions d’euros jusqu’en 2020). Et oui à une politique de la concurrence sans merci vis-à-vis des géants de l’internet, comme le préconise l’autre femme évoquée pour succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de l’exécutif bruxellois: la commissaire danoise Margrethe Vestager. Pour le reste, difficile d’échapper au pessimisme.

Retrouvez tous les débats des rencontres économiques d’Aix-en-Provence en vidéo:

https://lesrencontreseconomiques.fr/2018/

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