C'est une première. En utilisant les services Charles Schwab, les investisseurs suisses peuvent désormais acheter et vendre en temps réel des actions sur les marchés britanniques et américains, y compris sur le Nasdaq. Pour toutes les transactions, l'utilisateur paiera une commission minimale de 29,95 dollars sur le marché américain et 15 livres sur le marché anglais. Des prix tout à fait attractifs puisque, habituellement, les commissions de base atteignent 120 francs pour les actions américaines. Un montant jugé trop élevé par bon nombre d'investisseurs. Avant de se lancer, l'internaute devra toutefois ouvrir un compte auprès de Charles Schwab. Le montant minimum a été fixé à 10 000 dollars. «Nous visons une clientèle bien informée et autonome, qui investit en moyenne entre 50 000 et 100 000 dollars. Nos concurrents directs seront donc les banques privées», estime Robert Dusté, patron de Charles Schwab Europe. Une affirmation que relativise Riccardo Payro de la banque Pictet. «Les clients qui se gèrent eux-mêmes sont certes en augmentation, mais ils n'appartiennent pas au segment de clientèle avec lequel nous travaillons».

Même si le courtier américain n'envisage pas de proposer des actions helvétiques sur son réseau, il empiète toutefois sur le terrain d'autres banques suisses comme le Credit Suisse et l'UBS. Celles-ci, qui avaient déjà anticipé cette évolution, ont préparé la contre-attaque. Dans le courant du deuxième semestre, l'UBS offrira également à ses clients la possibilité d'acheter et de vendre des actions américaines sur Internet. Le Credit Suisse planche aussi sur un projet similaire qui devrait voir le jour cet automne. «Nous n'avons pas encore fixé nos prix, mais ils seront compétitifs», affirme Pierot Huwyler, l'un des responsables du projet. «Nous avons constaté que le marché était prêt à accueillir ce type d'offres. Charles Schwab ne sera donc ni le premier ni le dernier à s'installer sur ce créneau», estime Pierot Huwyler.

Au Credit Suisse, 15% de l'ensemble des transactions boursières sont déjà effectuées directement via Internet par la petite clientèle. Pour gagner de nouvelles parts de marché dans ce domaine, la banque helvétique a lancé en avril dernier un nouveau service. Baptisé «Youtrade», il offre la possibilité d'acheter des actions suisses à un prix réduit, puisque les frais de courtage minimaux atteignent 40 francs, contre 80 francs pour une transaction traditionnelle. «Près de 9000 personnes ont déjà manifesté leur intérêt et la moitié d'entre elles ne sont pas des clients de la banque, remarque Pierot Huwyler. Nos prévisions sont donc largement dépassées.» La banque zurichoise Märki Baumann mise elle aussi sur Internet mais vise toutefois un secteur plus haut de gamme, puisque l'investissement minimum atteint 500 000 francs. «Depuis le début de l'année, nous avons déjà convaincu 35 clients, qui ont généré des frais de courtage pour un montant de 200 000 francs», affirme Jack Hertach, responsable du projet. Comme le Credit Suisse et l'UBS, la Banque Märki Baumann, lorgne également sur les Etats-Unis, mais ne développera son offre que sur le Nasdaq.

1000 milliards de dollars

A ses balbutiements en Europe, l'achat et la vente d'actions sur Internet occupe déjà une place de choix sur le marché américain, puisque 6,5% de l'ensemble des transactions sont effectuées sur le réseau. Leader incontesté, Charles Schwab détient 30% de ce marché. La société de courtage possède 2,5 millions de comptes «online», dont les montants cumulés atteignent 219 milliards de dollars. Si l'on tient compte des clients qui utilisent le téléphone pour passer leurs ordres, Charles Schwab offre ses services à 6 millions de clients, dont les placements représentent 561 milliards de dollars. A fin 1998, Charles Schwab effectuait 85 000 transactions «online» par jour. Actuellement, la société de courtage en comptabilise en moyenne 104 000 par jour. La progression est si importante qu'elle a même surpris les milieux financiers. Au début de l'année, le titre de la société s'est envolé avant de reperdre une partie de sa valeur. D'ici 2005, Charles Schwab espère compter 10 millions de clients, dont les placements atteindraient 1000 milliards de dollars. Pour y parvenir, la société ne mise plus seulement sur le marché américain. Depuis une année, elle s'est installée sur le marché britannique, où elle possède déjà 18 000 clients, qui ont échangé des actions pour une valeur de plus de 800 millions de dollars. Aujourd'hui, elle choisit la Suisse pour développer ses activités en Europe continentale. Une tête de pont pour mettre en place un projet plus ambitieux? «Nous ne voulons pas dévoiler notre stratégie mais avec l'euro et la création d'un grand marché boursier européen, il y aura certainement de nouvelles opportunités», relève Guy Knight, vice-président pour le marketing en Europe.