Fredi Beutler, chef du personnel de la Fédération des coopératives Migros, a fait le pas. En 1997, il a suivi le programme «Seitenwechsel» dans une clinique psychiatrique de la ville de Zurich. Pendant une semaine, il a travaillé dans différentes unités et noué des contacts aussi bien avec des patients dépressifs qu'avec des personnes atteintes de schizophrénie. Travailler est bien le mot. Naturellement, le jeune manager n'a pas accompli de gestes médicaux. Mais il a proposé son aide partout où il le pouvait: il a emballé des chocolats, ou participé activement aux ateliers de peinture et aux séances de thérapie collective. «Ma plus grande peur était d'arriver là-bas comme un touriste social, un voyeur. Alors j'ai essayé de m'engager au maximum», explique-t-il.

Un jour, il a rencontré une patiente, qui lui a demandé ce qu'elle devait faire pour réintégrer le monde du travail. Ils ont eu une longue conversation. Lorsque, guérie, la jeune femme a quitté la clinique, elle s'est souvenue de lui et l'a contacté. Aujourd'hui, après différents stages au sein de Migros, elle bénéficie d'un emploi stable dans l'entreprise. «J'en suis particulièrement heureux. Car je n'ai pas seulement pris, j'ai aussi pu donner», se réjouit Fredi Beutler.

La trajectoire professionnelle du jeune homme est relativement banale. Après un apprentissage de commerce, il a suivi une formation en organisation de l'entreprise. Il travaille chez le grand détaillant depuis une dizaine d'années. «Cette expérience m'a clairement permis d'augmenter mes compétences sociales. Mais il est vrai que je portais déjà en moi cet intérêt pour les autres. Les relations humaines ont toujours joué un rôle important dans ma vie», explique-t-il. Et c'est peut-être là que le chef du personnel voit les limites de l'expérience «Seitenwechsel»: «Ce sont les managers qui en ont le moins besoin qui acceptent le plus volontiers de se prêter à l'exercice.»

Aujourd'hui, il ne peut que recommander ce saut dans le réel. Ce qu'il en a retiré? Il se sent plus tolérant. Il a le sentiment de mieux comprendre les problèmes de ses collaborateurs. Et il fait preuve de plus de prudence. Lorsqu'une personne vient le voir pour lui parler des pressions psychologiques qu'elle subit, un harcèlement moral par exemple, il avance sur le bout des pieds. «Désormais, je vois le monde avec les yeux des autres. Je me suis rendu compte que l'écart entre l'univers des malades et celui des gens dits normaux était très mince. Dans le cadre de mon travail, j'aurais besoin de cinquante expériences humaines pour apprendre ce que j'ai appris là-bas en une semaine», conclut Fredi Beutler.