La planète est aux prises avec une faible croissance. Aussi l’attention se tourne-t-elle vers la Chine sur laquelle repose l’espoir d’un sauvetage. Si la Banque populaire de Chine a réduit le taux d’intérêt de référence deux fois (en juin et au début de juillet) et injecté 130 milliards de dollars de liquidités dans le système bancaire, elle semble réservée quant à un assouplissement supplémentaire de sa politique monétaire. La Chine, qui a été récemment couronnée «moteur de la croissance économique mondiale», joue un rôle déterminant dans la relance des économies des marchés développés mal en point et dans l’enclenchement d’une reprise durable des marchés financiers. Pourtant, des signes d’épuisement font surface dans la deuxième puissance économique mondiale, qui se verra forcée d’intervenir pour empêcher l’effondrement de son économie interne.

D’importants marchés présentent par ailleurs de nouveau des signes de ralentissement. La croissance de l’économie japonaise a été supérieure à celle de la plupart des pays du G7 en raison de la robuste consommation privée et des dépenses consacrées à la reconstruction de la région ravagée par le tsunami. Toutefois, en juillet, les chiffres du commerce extérieur ont enregistré la plus forte chute des exportations depuis janvier et suscitent des doutes quant aux perspectives de reprise économique du pays. D’autres économies asiatiques orientées vers l’exportation révèlent également d’inquiétantes tendances au ralentissement. Nous nous attendons à ce que la réunion de politique monétaire du 30 octobre débouche sur un assouplissement accru, car la Banque du Japon pourrait réduire ses estimations quant aux perspectives économiques si la croissance mondiale demeure léthargique.

Aux Etats-Unis, les récentes statistiques dressent un tableau sombre de l’économie. L’économie américaine, qui est affaiblie – et dont la croissance au second trimestre n’a pas dépassé le médiocre taux de 1,5% –, est confrontée à des risques importants. Si le niveau de l’emploi a été supérieur aux attentes, les nuages s’amoncellent: aggravation des tensions financières européennes, à laquelle s’ajoutent des menaces de coupes budgétaires et d’alourdissement de la charge budgétaire («fiscal cliff»). Le tout sur fond d’élection présidentielle proche et de rumeurs alarmistes qui renforcent les incertitudes et la dégradation des niveaux de confiance qui, mercredi, ont chuté de 65,9 à 60,6. Les propos de Ben Bernanke, gouverneur de la Réserve fédérale américaine, vont dans le sens d’une adoption «assez rapide» d’un nouveau train de stimuli monétaires si la situation économique ne s’améliore pas considérablement.

Pour revenir à la Chine, la plupart des analystes s’accordent à penser que l’économie a souffert davantage en 2012 que ne le prévoyaient les estimations. Ses résultats récents – ralentissement de la croissance de la production industrielle à 9,2%, recul des investissements directs étrangers et baisse de la demande d’exportations – permettent de penser que l’atterrissage en douceur pourrait se transformer en un atterrissage violent si des mesures de plus vaste portée ne sont pas mises en œuvre. Le gouvernement a réduit les taux d’intérêt par deux fois au cours des deux derniers mois et a annoncé un ensemble de dépenses budgétaires hardies, destinées à stimuler la construction, ainsi que des projets gouvernementaux dont le réseau ferroviaire national à grande vitesse. Mais du fait des inquiétudes suscitées par les mesures budgétaires qui ont été prises par le gouvernement en 2008 et qui ont engendré une hausse de la dette des collectivités locales et amplifié la bulle immobilière, les vannes du crédit ont été ouvertes de façon mesurée. Ces derniers mois, Pékin a également laissé s’affaiblir le yuan par rapport au dollar pour soutenir les exportateurs en difficulté. Toutefois, après la timide émergence de signes de reprise, l’indice PMI flash HSBC a atteint sa plus faible valeur depuis neuf mois – 47,8 – (une valeur inférieure à 50 indique une contraction de la croissance). Ce résultat contredit les attentes d’une reprise modérée. Une stagnation de l’économie est manifestement à craindre.

Compte tenu du fait que d’importantes banques centrales prennent graduellement des mesures complémentaires d’assouplissement, on peut se demander pourquoi la Chine ne fait pas de même. Répondre à cette question n’est pas aisé, car les processus de décision de la Banque populaire de Chine ne sont pas transparents et se révèlent, par conséquent, imprévisibles. Il est possible que de nombreux dirigeants chinois aient sincèrement pensé qu’il fallait s’accommoder d’une croissance plus faible pour rééquilibrer l’économie nationale et transformer le modèle de croissance. Ce d’autant plus que le niveau de l’emploi s’est maintenu en dépit du ralentissement. En outre, des divergences semblent apparaître quant à l’interprétation des données économiques. Notamment pour savoir si 7,5-8% de croissance constituent ou non le point le plus bas. La proximité du 18e Congrès du Parti communiste (qui devrait se tenir en octobre) engendre une certaine paralysie: il est possible que l’application d’un train de stimuli significatifs soit retardée. Li Keqiang, qui sera probablement le prochain premier ministre, pourrait mettre l’accent sur les réformes structurelles pour stimuler la croissance (plutôt que sur les politiques monétaires). Mais le facteur le plus important est peut-être le déséquilibre provoqué par le marché immobilier. Son échauffement – il a enregistré une nouvelle hausse en juillet – a été beaucoup plus rapide que ne l’aurait souhaité le gouvernement. Si une réduction des taux du crédit allégeait les coûts financiers des entreprises, elle pourrait aussi saper le contrôle de l’administration centrale sur le marché immobilier.

Si la Chine souhaite conserver ses niveaux actuels de croissance, la banque centrale devrait rapidement réduire le coefficient des réserves obligatoires (deux fois d’ici à la fin de 2012) pour assurer un niveau adéquat des liquidités et encourager activement le financement des projets d’investissement. De telles mesures s’inscriraient dans le droit fil de la récente décision des dirigeants de renforcer leur soutien à l’économie. Celui-ci devrait réveiller l’appétit pour le risque et engendrer une reprise de rattrapage de l’indice Shanghai Composite et un retournement du yuan.

* Chef analyste des devises, Swissquote Bank SA, Swissquote.ch

Il est possible que de nombreux dirigeants aient sincèrement pensé qu’il fallait s’accommoder d’une croissance plus faible

L’échauffement du marché immobilier a été beaucoup plus rapide que ne l’aurait souhaité

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