Pressés de questions sur les raisons da la fusion avortée avec son concurrent Clariant, les dirigeants de Ciba SC sont restés de marbre. Après avoir examiné à fond les aspects commerciaux, financiers, légaux et réglementaires d'une telle opération.

Le marché, de son côté, a choisi: l'échec a signé un regain d'intérêt pour le titre Clariant et a enfoncé l'action Ciba SC dans un marécage d'où elle peine à sortir. Son titre se négocie aujourd'hui à des valeurs identiques à celles de son entrée en Bourse, après la séparation de la maison mère Ciba.

Au niveau commercial, le nouveau groupe n'aurait pas pu se contenter d'additionner ses clients. Si, pour un gros client industriel, Ciba SC et Clariant avaient représenté chacun 25% de ses achats chimiques, ce gros client n'aurait pas accepté de dépendre d'un seul fournisseur à hauteur de 50%.

Le risque de position dominante a aussi été évoqué. Ainsi, d'après les calculs d'une étude très fouillée publiée par la banque zurichoise Vontobel, l'entité issue de la fusion aurait détenu une part de marché, au niveau mondial, de 68% dans le secteur des additifs, largement au-dessus du concurrent suivant, le groupe américain Great Lakes, qui doit se contenter d'un maigre 14%. Dans le secteur des pigments, le nouveau groupe aurait aussi largement dominé le marché (41%). Les autorités antitrust n'auraient pas manqué d'obliger le groupe à se séparer de certains de ses actifs.

Du côté des économies, elles auraient également été difficiles à réaliser, en raison d'accords conclus avec les partenaires locaux, notamment en Allemagne. Cela concerne surtout Clariant, très présent au nord du Rhin. Or, lors de la reprise du secteur spécialités chimiques de Hoechst par Clariant, de nombreux accords ont été passés dans divers domaines (fiscal, social, environnemental, etc.) Les réductions de coûts ont alors été clairement identifiées. Pas question, pour les syndicats allemands, d'accepter ultérieurement d'autres économies sous prétexte d'une nouvelle fusion. Surtout dans le domaine sensible de l'emploi.

R. Rr