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Ecran de la plate-forme Bitfinex, un des plus importants site d’échange de bitcoins.
© DADO RUVIC/Reuters

Cryptomonnaie

Les dessous de la folle envolée du bitcoin

Depuis le début de l'année, le cours de cette devise électronique a été multiplié par huit. Indépendant des Etats, le bitcoin est régulièrement accusé de financer des commerces illicites

Difficile d’écrire sur ce qu’on ne connaît pas. Pour mieux saisir le fonctionnement des cryptomonnaies, le service Economie du Monde a acheté, en 2014, 0,243 bitcoin pour 80 euros, sur l’une des nombreuses plateformes de vente en ligne. Depuis, le pécule sommeille dans un portefeuille numérique. Le 0,243 bitcoin n’a pas bougé. Mais il ne vaut désormais pas loin de 1600 euros (1860 francs), soit près de vingt fois la mise initiale…

C’est dire si le cours de la sulfureuse monnaie électronique n’en finit pas de grimper! Les chiffres ont de quoi donner le vertige. Lors de sa création en 2009 par un mystérieux ingénieur, un bitcoin ne valait que quelques centimes. En janvier de cette année, il frôlait les 900 dollars. Et depuis, en dépit de la forte volatilité du cours (de +15% à –15% en quelques jours), il a poursuivi sa hausse et dépasse aujourd’hui les 8000 dollars (7850 francs).

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La vigueur de cette flambée soulève la méfiance. Pour ses détracteurs, elle atteste de la dangerosité du bitcoin. «C’est une escroquerie», s’est ainsi emporté en septembre Jamie Dimon, le président-directeur général de la banque JPMorgan, menaçant de licencier les traders tentés d’en acheter. «Ce n’est pas une monnaie mais un instrument de spéculation», a martelé quelques jours après Vitor Constancio, le vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), comparant l’emballement actuel à la tulipomanie, une étrange hystérie spéculative pour les bulbes de tulipe ayant eu lieu au XVIIe siècle.

Une monnaie indépendante des Etats

Pour ses avocats, bien sûr, le bitcoin préfigure d’abord une révolution technologique. «Celle-ci est aussi majeure que celle d’Internet, même si elle est encore difficile à comprendre, assure Pierre Noizat, cofondateur de Paymium, une plateforme d’échange d’euros en bitcoins. Qui imaginait, en 1999, que le Net donnerait naissance à des innovations telles que Google et Wikipédia? Ce sera pareil avec le bitcoin.»

Le commun des mortels doit s’accrocher pour comprendre le fonctionnement de cette étrange devise, régulièrement accusée de financer des commerces illicites. Contrairement aux euros ou aux dollars, elle est indépendante des Etats et échappe au contrôle des banques centrales. Son émission est en effet pilotée par un algorithme informatique reposant sur la blockchain, une chaîne de transactions codées et authentifiées.

A lire aussi: Bitcoin: bulle spéculative ou révolution technologique?

«C’est la grande innovation: cette chaîne constitue une base de données publique recensant toutes les transactions réalisées depuis la création du bitcoin, explique David Phillips, un ingénieur anglais, adepte de la première heure. Et il est impossible de la modifier, puisqu’il faudrait pour cela intervenir en même temps sur tous les ordinateurs travaillant sur la blockchain.» Dans ce système, les bitcoins sont émis pour récompenser les férus d’informatique mettant leur ordinateur au service du réseau pour réaliser les calculs (de plus en plus durs) constituant la blockchain.

Intérêt croissant des institutions financières

Longtemps, l’intérêt pour cette trouvaille n’a guère dépassé un étroit cercle de geeks, ces fans de nouvelles technologies. Mais depuis 2015, de plus en plus de commerces acceptent le bitcoin comme moyen de paiement. Et d’autres cryptomonnaies, offrant des applications différentes, se multiplient, ainsi que les start-up utilisant la blockchain mais, cette fois, pour coder des contrats, tracer des échanges de données ou encore effectuer des transferts d’argent sans intermédiaire.

L’enthousiasme autour de ces entreprises est, au fond, le même que celui entourant les start-up de la Silicon Valley. Mais pas seulement. «La flambée des cours du bitcoin intègre également l’intérêt croissant des institutions financières pour le sujet», explique Jacques Favier, normalien coauteur de Bitcoin, la monnaie acéphale (CNRS Editions, 2017).

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C’est la grande nouveauté de 2017. Après avoir ignoré puis méprisé les monnaies électroniques, certains financiers sombrent dans une forme de FOMO, «fear of missing out», soit la peur de passer à côté d’une opportunité.

La plupart n’ont pas encore bien compris comment fonctionnent le bitcoin et ses petits frères. Mais dans un univers de taux bas, ils y voient une promesse des bénéfices juteux. Altana Digital Currency Fund, un fonds spécialisé sur le créneau enregistré au Luxembourg, affiche ainsi un rendement de plus de… 400% sur un an. Selon le cabinet Autonomous Next, près de 70 hedge funds investissent déjà dans la cryptomonnaie.

Les régulateurs s’inquiètent

Et d’autres acteurs se pressent aux portes. Le mercredi 22 novembre, le gestionnaire d’actifs Tobam, basé à Paris, a annoncé le lancement d’un fonds commun de placement investi en bitcoins, le premier du genre en Europe. Quant au Chicago Mercantile Exchange (CME), l’un des plus grands opérateurs boursiers, il s’apprête à proposer des instruments financiers sur le bitcoin (contrats à terme). Les banques, elles, sont divisées. Certaines suivent le sujet de près; d’autres, comme Deutsche Bank, appellent à la méfiance face à la grande volatilité des cours et au risque de bulle spéculative.

De fait, comme lors de chaque phase d’euphorie financière, certains investisseurs se montrent parfois peu rationnels. A l’exemple de ceux se ruant sur les Initial Coin Offerings, ou ICO. «Si l’on schématise, cette nouvelle technique permet à des groupes ou à des start-up de lever de l’argent en utilisant les cryptomonnaies», explique Philippe Herlin, économiste et auteur de plusieurs ouvrages sur le bitcoin. Et ce auprès de fonds d’investissement comme de particuliers.

A lire aussi: L’impossible trilemme des ICO

Depuis quelques mois, les ICO se multiplient: elles ont permis de lever près de 2,3 milliards de francs cette année. «Mais il y a des dérives», prévient Philippe Herlin. Il est vrai que cet engouement rappelle celui de la bulle internet, lorsque, à la fin des années 1990, des investisseurs se précipitaient pour mettre leurs billes dans des entreprises du Web sans grande prudence. Sauf que dans le cas des ICO, des particuliers sont exposés directement…

Face à ces risques, les régulateurs de la planète s’inquiètent. Le mardi 21 novembre, le Maroc a interdit les transactions en monnaies virtuelles. Tout comme la Chine, qui a aussi banni les ICO. De leur côté, les banques centrales occidentales s’interrogent sur la meilleure réglementation à adopter. En attendant, les mordus du bitcoin continuent de plancher sur la blockchain. Tout en assurant qu’un jour, les cryptodevises seront suffisamment stables pour offrir une véritable alternative à l’euro et au dollar…

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