Détecter les opportunités dans les pays émergents

Gestion Inoks mise sur le secteur agricole

Deux milliards de dollars injectés depuis 2006 dans une centaine de PME et producteurs du secteur des matières premières avec un rendement annualisé moyen sans levier de 10,81%: voilà la fierté d’Inoks Capital. Forte d’une charte sociale et environnementale ambitieuse et d’une philosophie d’investissement atypique, cette société genevoise gère 250 millions de francs provenant d’investisseurs institutionnels et privés. Elle espère bientôt obtenir une licence en qualité de gestionnaire de placements collectifs auprès de la Finma.

C’est dans le secteur agricole qu’Inoks Capital investit les trois quarts des fonds, aussi bien dans la production, la transformation, la distribution ou l’exportation. Et c’est là aussi que l’impact est le plus significatif. «La PME apporte le savoir-faire et nous le capital, sur une durée de un à cinq ans, et notre expérience en gestion opérationnelle, pour en maîtriser les risques», précise Nabil Marc Abdul-Massih, associé gérant.

A la recherche des inefficiences

Inoks Capital intervient régulièrement auprès de coopératives produisant du cacao, du coton ou de la canne à sucre. Chaque filière est étudiée. Et seules celles présentant des inefficiences économiques ou structurelles dont les investissements tireraient parti en les corrigeant sont retenues. «Une de nos analyses sur le coton a montré que l’engrais destiné à cette plante était malheureusement partiellement dévié vers les cultures vivrières et vitales pour les cotonculteurs. En conseillant à la coopérative de fournir des engrais adaptés à ces cultures vivrières, le rendement du coton a nettement progressé et celui du vivrier a quadruplé!» s’exclame-t-il.

Autre règle que se fixe Inoks Capital: le recours à des pratiques agricoles et des intrants respectant les normes les plus strictes en termes de résidus, dans le sol et la plante. Car d’après son constat, le surcoût est toujours compensé par une nocivité réduite et un rendement supérieur.

L’accès au capital permet aussi de payer le producteur de coton plus tôt, sans attendre l’exportation de sa récolte. N’étant plus obligé d’emprunter pour survivre, il peut investir, notamment dans un bœuf ou une machine. Ainsi, il sort du cercle vicieux du crédit et n’a plus besoin de la main-d’œuvre familiale, parfois celle de ses enfants. «Le petit planteur gagne son autonomie financière grâce à une optimisation de ce qu’il sait faire», se réjouit Nabil Marc Abdul-Massih.

Un modèle d’investissement complexe

Pour ce qui est des métaux, les mines étant largement aux mains de majors, les investissements s’orientent vers des activités de recyclage où un impact est alors possible. En Europe centrale, ils soutiennent l’essor de steel mills, des fours qui donnent une deuxième vie au fer de récupération sans utiliser d’énergie fossile.

Côté énergie, un certain pragmatisme s’impose. «Dans les marchés émergents (hors BRICS), il n’y a pas ou peu d’électricité solaire et éolienne mais plutôt de l’hydroélectrique ou du thermique. Tous les secteurs – la santé, l’éducation, l’industrie – ont besoin d’un flux stable de kilowattheure et à un coût efficient, sinon il n’y a pas de développement possible et encore moins durable. Là, nous évitons donc le plus polluant, c’est-à-dire le charbon», explique-t-il.

Complexe, ce modèle d’investissement requiert de nombreuses compétences pour apporter des solutions adéquates. Ainsi qu’un réseau dense de contacts locaux pour accéder à l’information et identifier les opportunités. «C’est pourquoi, avec une équipe de 12 personnes rien qu’à Genève, nous sommes loin du ratio habituel de 300 millions de francs par gestionnaire», souligne Nabil Marc Abdul-Massih.