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Grâce à Arnold Schwarzenegger, nous savons que dans le futur une Classe G du constructeur Mercedes-Benz recevra une motorisation hybride. Une forme de rédemption pour les 4x4 au salon de Detroit.
© JONATHAN ERNST/REUTERS

Automobile

A Détroit, le double discours écologique des constructeurs

L’actuel salon de «Motor City» fait la part belle aux pick-up et SUV, en forte progression aux Etats-Unis. Alors qu’elles promeuvent ailleurs leurs efforts environnementaux, les marques en tirent parti pour présenter des nouveautés énergivores. Toute honte bue

«Dieter, j’ai une question. Vous savez que je suis pro-environnement. Quand allez-vous électrifier la Classe G?» «Arnold, nous avons promis l’année dernière que toutes nos gammes de véhicules seront à terme électrifiées», a répondu Dieter.

Arnold Schwarzenegger sourit, satisfait de la réponse de Dieter Zetsche, le patron de Mercedes-Benz. L’acteur et ancien gouverneur de Californie était l’invité dimanche soir de la marque allemande au Michigan Theatre, dans le centre de Détroit. Parce qu’il est une star, mais aussi en raison de son lieu de naissance: Graz en Autriche. Là même où est fabriquée depuis 1979 la Classe G, un 4x4 à la silhouette militaire de Mercedes.

La question de Schwarzie

Ainsi, grâce à la question d’Arnold Schwarzenegger, nous savons que dans le futur une Classe G recevra une motorisation hybride, avant peut-être de passer au tout électrique. Ce sera une forme de rédemption pour le tout-terrain, naguère classé par des organisations écologiques comme le «4x4 le plus polluant de la planète». La Classe G émettait alors 400 mg de CO2 par kilomètre parcouru, un record.

Dévoilée au Salon automobile de Détroit, qui se tient jusqu’au 28 janvier, la dernière génération du véhicule a abaissé d’un bon tiers ses émissions polluantes. Il a aussi diminué son poids de 270 kg. Mais il pèse toujours dans les 2,5 tonnes. Pas vraiment un modèle de vertu.

Lire aussi: Les constructeurs allemands passent à l’électrique

Qu’il s’agisse de la principale nouveauté présentée par Mercedes à Détroit en dit long sur l’état d’esprit des constructeurs automobiles sur place. Pas euphorique, mais optimiste. Aux Etats-Unis, les trucks se revendent à foison. Il s’agit de la catégorie massive des SUV, pick-up et autres crossovers hauts sur pattes. En 2012, à l’ère d’Obama, ils ne représentaient plus que 35% des ventes. En 2017, la proportion a bondi à 63%, avec un prix moyen de 36 113 dollars par unité.

Ne pas «tuer le business»

Le litre d’essence ne vaut plus que 65 cents, les impôts sont abaissés par l’administration Trump, laquelle menace de supprimer à la fois les subsides pour les véhicules électriques et les réglementations sur la consommation moyenne des voitures. Le précédent gouvernement avait fixé la barre à 4,3 litres/100 km en 2025. Chacun sait à Détroit que l’objectif ne sera pas tenu, en particulier à cause du succès insolent des trucks. Et parce qu’il n’y aura sans doute plus d’objectif du tout. «Cela tue le business», a déclaré Donald Trump l’an dernier.

Les marques américaines, mais aussi européennes et asiatiques présentes au salon en profitent. General Motors lance son nouveau pick-up Chevrolet Silverado, Ford ressuscite son SUV Ranger (disparu en 2012), Fiat Chrysler est fier de son puissant pick-up Ram 1500 modèle 2019. BMW promet de fabriquer son volumineux SUV X7 dans son usine de Caroline du Nord. Les stands de Toyota ou Volkswagen font la part belle aux 4x4 full-size ou mid-size réservés au territoire américain.

Les importantes marges des 4x4

Hors Etats-Unis, ces mêmes groupes redoublent d’annonces environnementales, de programmes d’hybridation et d'électrification à marche forcée, de coulpe battue pour avoir péché par le passé. Le discours n’est pas le même ici à Détroit. Ce qui ne manque pas de soulever la question de l’éthique des constructeurs automobiles. Même si le soupçon est balayé avec un argument pragmatique: vendre aujourd’hui ces lourds véhicules, aux importantes marges bénéficiaires, c’est accumuler un trésor de guerre qui servira le développement onéreux des voitures électriques, robotisées et connectées de demain.

Les propulsions alternatives ne sont pourtant pas oubliées à Détroit. Ford annonce un investissement de 11 milliards de dollars pour lancer 16 véhicules électriques et 22 hybrides d’ici à 2022. GM jure que sa petite Chevrolet Bolt électrique aura une version à conduite autonome l’an prochain. Fiat Chrysler équipe son monstrueux Ram 1500 d’un petit moteur électrique qui abaisse de 10% sa consommation. Il est vrai que les pick-up utilitaires si prisés aux Etats-Unis – le Ford F-150 est depuis des lustres le véhicule le plus vendu dans le pays – font des efforts d’allégement ou d’optimisation des moteurs. Un peu.

Emplois transférés aux Etats-Unis

Sergio Marchionne, administrateur délégué de Fiat Chrysler, le concédait lundi au salon de Détroit: «Ce n’est pas une très bonne idée que de présenter ici une voiture électrique.» Il venait quelques jours auparavant de confirmer le rapatriement dans le Michigan de la production des trucks Ram, aujourd’hui fabriqués au Mexique. Pas moins de 2500 emplois seront créés près de Détroit. Sergio Marchionne a en outre précisé que la baisse des impôts promue par Donald Trump, adoptée par le Congrès, fera économiser 1 milliard de dollars à son groupe.

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Cet opportunisme n’est peut-être que provisoire. Aux Etats-Unis, la résistance des Etats de Californie et du Nord-Est aux véhicules énergivores est grande. Ils pourraient édicter leurs propres réglementations, à la barbe de Washington. Surtout, à trop promouvoir leurs trucks, les constructeurs américains risquent à terme d’être doublés par leurs concurrents européens ou chinois dans la course à la voiture propre, soutenus par des gouvernements de plus en plus décidés à mettre fin à l’hégémonie du moteur à carburation interne.

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