Tel un boulet, la dette empêche la zone euro de décoller. «Les pères fondateurs de l’Union monétaire européenne n’avaient pas anticipé un tel scénario et encore moins un mécanisme pour y faire face, explique Cédric Tille, professeur d’économie à l’Institut universitaire de hautes études internationales et de développement. Si la zone euro fonctionnait comme les Etats-Unis, les charges seraient partagées entre pays forts et pays en difficulté.» Selon lui, le manque de solidarité, le temps perdu et les tergiversations ont encore aggravé la crise.

«La mise en place du Fonds européen de stabilité financière pour venir en aide aux pays endettés (il sera remplacé dès juillet par le Mécanisme européen de stabilité) a été un pas positif, mais sa force de frappe n’a pas été suffisante», explique Philippe d’Arvisenet de BNP Paribas. Cette mesure n’a pas suffi pour faire baisser la tension sur les marchés des obligations, ce qui a encore pénalisé de nombreux pays, notamment la Grèce dont la dette dépasse 160% de son PIB.

Cercle vicieux

Pour Cédric Tille, sans des perspectives de croissance à long terme, point de sortie de la crise de la dette. Il ne conçoit cependant pas de plan de désendettement dans la zone euro à l’image de ceux mis en place dans les années 1990 en faveur des pays pauvres. Le FMI avait alors concocté des programmes à l’intention de nombreux pays paralysés par le poids de la dette. Ils consacraient alors une large partie, parfois jusqu’à 50% de leur PIB, au service des intérêts. En contrepartie, ils suivaient une stricte maîtrise de dépenses publiques. «A cause de la monnaie unique qui lie 17 pays dans un destin commun, l’un ou l’autre pays ne peut pas recourir à la dépréciation pour donner un coup de fouet à l’économie», poursuit Cédric Tille.

«La zone euro a bien adopté quelques mesures non conventionnelles, le désendettement partiel pour la Grèce, par exemple», renchérit Jan-Egbert Sturm, directeur de l’Institut des études conjoncturelles (KOF) lié à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Le Portugal et dans une moindre mesure l’Espagne et l’Italie sont les prochains candidats pour une restructuration de la dette. Il ajoute que la BCE a assuré la liquidité sur le marché, notamment en achetant des obligations d’Etat. «Mais de nouveau, les résultats se font attendre, dit-il. En fin de compte et pour être honnête, nous ne savons pas vraiment comment, en l’absence de croissance, sortir du cercle vicieux de la dette.»

Une annulation de la dette financée par la vente d’une partie des réserves d’or des pays? Une telle solution n’est envisageable pour aucun des économistes interrogés.