Gel des pensions des retraités, réduction de 30% du 13e mois de salaire et de 60% du 14e mois dans la fonction publique, taxe de 45% sur les salaires dépassant 100 000 euros, hausse de la TVA de 19 à 21%, hausse de taxes de 20% sur le tabac, l’alcool, les carburants et les produits de luxe, impôt sur les propriétés immobilières de plus de 5 millions d’euros. Cette deuxième vague de mesures d’austérité décidée mercredi par la Grèce, après la première du début février, fera économiser 4,8 milliards d’euros au budget.

Ce plan doit permettre de réduire le gonflement d’une dette atteignant déjà 300 milliards d’euros. Le gouvernement grec s’est engagé à ramener le déficit budgétaire de 12,7% du produit intérieur brut en 2009 à 3% en 2012. Pour la seule année 2010, il veut descendre à 8,7%. «Nous avons pris des décisions difficiles, mais elles sont indispensables pour la survie de notre pays et de notre économie», a plaidé le premier ministre Georges Papandréou mercredi à Athènes.

Après la crise financière qui a frappé toute la planète en 2008-2009, la Grèce, comme de nombreux pays de la zone euro, mais aussi les Etats-Unis et le Japon, ont emprunté des milliards pour lutter contre la récession. Résultat: globalement, un début de reprise s’amorce, mais les Etats se retrouvent avec un endettement massif. Dans le cas de la Grèce, qui a besoin de 53 milliards d’euros pour honorer ses engagements en 2010, ses emprunts sont grevés de taux d’intérêt excessifs car les marchés doutent de la crédibilité d’Athènes pour mettre de l’ordre dans ses finances.

La détermination du gouvernement grec à faire des sacrifices supplémentaires a plu à Bruxelles et à Berlin, mais aussi aux marchés financiers. Les rendements sur les obligations grecques ont continué de décliner hier. L’euro, qui s’est déprécié de 10% sur une année, notamment à cause des risques de faillite de l’économie grecque, a repris des couleurs.

L’Italie, l’Espagne et le Portugal sont également confrontés aux mêmes déséquilibres budgétaires et ne pourront échapper à un programme d’ajustement structurel. Voici un catalogue de mesures que les Etats ont à disposition à cet effet, expliquées par trois économistes – Philippe Bacchetta, professeur à l’Université de Lausanne, Nicolas Bouzou, directeur d’Asterès, bureau d’analyses à Paris et André Sapir, professeur à l’Université libre de Bruxelles. Au préalable, Philippe Bacchetta fait remarquer qu’un Etat en difficulté pour honorer ses créances peut aussi envisager un défaut de paiement et demander la restructuration de ses créances: «C’est une mesure de dernier recours, mais elle a déjà été utilisée à plusieurs reprises.»

Réduire les dépenses publiques Il est tout à fait concevable de réduire le déficit budgétaire sans compromettre la croissance, mais pas dans les cas grec, italien ou espagnol. Ces pays doivent se montrer sérieux dans la gestion budgétaire. Ils ne peuvent pas continuer à vivre au-dessus de leurs moyens. Des mesures d’austérité s’imposent comme des solutions à long terme.

Un Etat ne peut pas redresser ses finances uniquement en taxant ses contribuables. Par contre, il peut se dégraisser en externalisant certaines de ses activités. Par exemple, il n’y a aucune raison que des fonctionnaires en France soient chargés de la lessive dans les hôpitaux publics; cette tâche pourrait être confiée au privé. Autre mesure d’économie: une meilleure coordination des achats publics. Cela ne diminue pas l’activité, mais renforce la concurrence.

La réduction des dépenses publiques ne se passe pas sans douleur. Des tensions sociales sont inévitables lorsque des salaires, des pensions ou des subventions sont réduits, lorsque l’âge de la retraite est repoussé ou encore lorsque les prix de denrées essentielles et autres services publics prennent l’ascenseur suite aux nouvelles taxes.

Il est de la responsabilité de l’Etat de veiller à ce que les sacrifices soient partagés équitablement au sein de la population, en principe réticente lorsqu’il s’agit de se serrer la ceinture.

Augmenter les recettes En Grèce, mais aussi en Italie et en Espagne, moins de 40% des professionnels indépendants (médecins, garagistes, restaurateurs, agriculteurs) paient des impôts.

Ces derniers augmentent la note lorsque les clients réclament un justificatif. Pour augmenter ses revenus, l’Etat doit lutter contre l’évasion fiscale tout en veillant à ce que les taxes ne découragent pas les initiatives. Les taxes ne doivent pas non plus tuer la consommation. La baisse de la demande peut plonger une économie en récession. Dans beaucoup de pays, une refonte de l’administration fiscale s’impose pour la rendre plus efficace. L’Etat peut par ailleurs rapatrier les dépôts bancaires de ses citoyens se trouvant à l’étranger.

L’Etat doit aussi protéger ses revenus existants. En France, l’abolition de la TVA dans la restauration représente un manque à gagner. Ses objectifs avoués – augmenter la consommation et créer des emplois – ne sont de loin pas atteints. Dans de nombreux cas, les aides aux entreprises n’ont pas les effets escomptés. Ce sont les grandes entreprises qui, le plus souvent, bénéficient de ces aides.

Privatiser Une telle mesure n’est plus tant d’actualité dans les pays industrialisés. Il n’empêche qu’en France, par exemple, l’Etat détient encore de fortes participations dans des entreprises comme Renault, EDF, Areva et EADS. En Asie ou en Afrique, les Etats sont encore impliqués dans des activités industrielles ou commerciales, comme la fabrication de voitures ou l’importation de vivres. Un vaste programme de privatisation est actuellement en cours en Inde; il devrait rapporter 50 milliards de dollars à l’Etat. Il concerne de nombreux secteurs, notamment l’énergie, les transports et la construction.

Dans beaucoup de cas, la privatisation de services publics (eau, électricité, trains) s’est faite au détriment des usagers. Elle se solde aussi par de nombreux licenciements. Mais, même si elle se passe plutôt bien, les résultats ne se font pas sentir à court terme.

L’histoire a aussi montré que les recettes financières provenant des privatisations sont exceptionnelles. Elles ont été rarement affectées au désendettement public.

En cas de récession, l’économie a besoin de mesures plus urgentes.

La privatisation est un instrument prioritaire préconisé par le FMI.

Inflation L’augmentation des prix réduit la valeur de la dette dont le service creuse souvent le déficit budgétaire. Mais il s’agit d’une manière à l’ancienne pour redresser ses comptes. Une telle solution n’est pas envisageable dans la zone euro où la Banque centrale européenne (BCE) veille, par sa politique de taux d’intérêt, à la stabilité des prix. Pas tous les pays européens accepteraient une politique inflationniste pour aider la Grèce, le Portugal, l’Italie et l’Espagne menacés de faillite. Cette solution vient d’être préconisée par le chef économiste du FMI. Mais elle a fait l’objet d’un feu roulant de critiques.

Dévaluation La chute de l’euro, près de 10% en une année, est la seule bonne nouvelle de la crise en Europe. Elle va augmenter la compétitivité des entreprises et donner un coup de fouet aux exportations. Ces dernières années, la cherté de la monnaie européenne a freiné les exportations de l’industrie automobile, de l’aéronautique et des armes au profit des pays comme la Corée du Sud, le Brésil, l’Inde et la Chine. La BCE, garant de la stabilité de l’euro, se méfie toutefois d’une glissade trop importante car un euro faible renchérit les importations et crée l’inflation. Si une dépréciation de la monnaie unique serait souhaitable pour des pays comme la Grèce, l’Italie, la France ou l’Espagne, elle le serait moins pour l’Allemagne. Mais Berlin doit comprendre qu’il se trouve dans le même bateau qu’Athènes, Rome, Lisbonne et Madrid et a un devoir de solidarité envers les maillons plus faibles de l’eurozone.

Du reste, la dévaluation est un remède classique que prescrit le Fonds monétaire international aux économies malades qui veulent relancer les exportations.

Investissements Les mesures d’austérité ne doivent pas prétériter la capacité de l’Etat central ou des collectivités locales à créer les conditions favorables à la mobilisation des capitaux locaux et étrangers. Dans une situation où les caisses publiques sont vides, la croissance – résultat de l’innovation et des exportations – viendra des entreprises, mais aussi des financiers qui disposent d’énormes liquidités.

Spéculation Les marchés financiers jouent dans les deux sens. L’an dernier, en matière de taux de change, ils avaient joué l’euro à la hausse; à présent, ils parient à la baisse. Elle profite parfois aux uns et parfois aux autres. Un instrument fiscal comme la taxe Tobin peut-il éviter les excès de la spéculation? Oui mais, pour que cela fonctionne, il faut au moins cent pays qui légifèrent tous dans le même sens.