Au cœur des marchés

Dette d’état américaine: retournement durable ou tension temporaire?

Le taux à 10 ans sur la dette gouvernementale des Etats-Unis flirte désormais avec les 2,5%. Qui l’eut cru il y a six mois encore?

Le taux à 10 ans sur la dette gouvernementale des Etats-Unis flirte désormais avec les 2,5%. Qui l’eut cru il y a six mois encore? Certainement pas ceux qui misaient sur des taux américains à 1% dans le cadre de scénario catastrophes, fondé sur les thèses déflationnistes en vogue au cours du premier trimestre.

L’élection de Donald Trump est pour beaucoup dans cette tension sur les rendements mais il n’est pas la cause du mouvement. L’observation plus large permet de constater que c’est en juillet que le processus de retournement sur les taux longs s’est engagé. La poussée de 1% sur les rendements, depuis lors, n’en est que plus remarquable. Elle incite même certains à annoncer la fin du fabuleux marché haussier sur la dette américaine, vieux de trente ans. En raison des mesures économiques qui se dessinent, le nom de Trump est associé à des perspectives d’une croissance plus forte, à une vraisemblable détérioration des finances publiques et au renforcement du risque inflationniste aux Etats-Unis.

Nul ne peut contester la surprise que cette élection a représenté, mais de là à parler de tournant économique majeur, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir trop vite. Certes, Donald Trump a des envies évidentes de relance fiscale et budgétaire, de nature à soutenir la demande et donc la croissance. Il ne faut pas pour autant ignorer que le Président des Etats-Unis n’est pas omnipotent, loin s’en faut. Le processus législatif américain est complexe et il peut être long. Les négociations pourraient se révéler compliquées, même au sein du camp Républicain qui est loin de constituer un bloc monolithique.

En d’autres termes, les attentes excessives des opérateurs sur les effets de la «Trumponomics» ont-elles conduit les rendements des obligations d’état américain à des niveaux qui offrent des opportunités d’investissement attrayantes? Nous n’en sommes pas convaincus. Le processus de tension, qui a conduit les rendements sur les niveaux actuels, représente avant tout un ajustement à des fondamentaux économiques qui peuvent justifier cette augmentation des coûts de l’emprunt pour l’Oncle Sam. Le plein-emploi, la plus forte progression des salaires et les effets inflationnistes de la hausse des cours pétroliers sont des facteurs qui étaient apparus avant l’élection présidentielle.

Il n’y a pas d’urgence à rejoindre les rangs de ceux qui restent largement investis en dettes obligataires américaines, d’autant plus que le travail de la Réserve Fédérale est encore moins aisé qu’il y a quelques mois! De quoi renforcer le risque d’erreur de politique macroéconomique, un facteur qui n’est généralement pas porteur pour les dettes gouvernementales.

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