Dette grecque: bras de fer entre le FMI et Berlin

Crise Christine Lagarde a martelé qu’une restructuration des créances d’Athènes est inévitable

Christine Lagarde, la directrice du Fonds monétaire international (FMI) a repris son bâton de pèlerin. Elle a martelé lors d’un point de presse, mercredi à Washington, qu’une restructuration de la dette grecque était non seulement inévitable, mais aussi une condition pour la participation de son institution à un troisième programme d’aide à la Grèce.

La Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI) a ouvert les négociations mardi à Athènes pour donner suite à l’accord politique arrêté lors du Sommet de la zone euro le 13 juillet dernier. Cet accord prévoit que les créanciers consentent à un nouveau programme, à condition qu’Athènes tienne ses engagements de réformes économiques. Christine Lagarde en a donc profité pour exiger mercredi des «actes, pas des mots» de la part des autorités grecques pour convaincre les créanciers.

Mais pourquoi le FMI tient-il tant à une restructuration de la dette grecque? Ses experts affirment que le niveau de l’endettement, actuellement à 177% du produit intérieur brut (PIB), passera à 220% en 2017, à la suite du futur programme d’aide de 80 milliards d’euros. Ce qui freinerait la croissance et deviendrait, selon eux, insoutenable.

Réserves allemandes

Pour sa part, le premier ministre grec, Alexis Tsipras, compte sur un allégement du fardeau de la dette pour permettre des réformes. Dans une déclaration à une radio locale, il a toutefois confirmé sa volonté d’aller jusqu’au bout avec ces dernières. Il a même évoqué des élections législatives anticipées, s’il n’était pas soutenu par une majorité parlementaire. Une partie des députés de Syriza, la formation politique du premier ministre, rejette pourtant l’accord du 13 juillet dernier.

Ce n’est pas la première fois que le FMI plaide en faveur d’une restructuration de la dette. En 2002, la vice-directrice de l’institution, Anne Krueger, avait proposé de mettre sur pied un mécanisme pour aider les pays surendettés, quels qu’ils soient. Le projet avait échoué; les Etats-Unis, qui détiennent un droit de veto au sein de l’institution, étaient contre. Or, dans le cas grec, Washington est favorable à un tel mécanisme. Le président Barack Obama a même personnellement appelé à une restructuration.

Les réserves viennent d’Allemagne. Selon son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, une telle décision ne serait pas compatible avec les règles de la zone euro. Estimant tout au plus que l’Eurogroupe – qui regroupe les ministres des Finances de la zone euro – pourrait baisser les taux d’intérêt sur les prêts accordés à travers le Mécanisme européen de stabilité. Ou encore repousser les échéances de maturité des dettes.

Amendement des traités

Wolfgang Schäuble n’est pas le seul à incarner la ligne dure. Il y a deux jours, le «comité de sages» qui conseille la chancelière allemande, Angela Merkel, en matière d’économie, a proposé de modifier les traités de sorte que des pays endettés puissent quitter la zone euro. «Les électeurs dans les pays créanciers ne sont pas prêts à fournir des financements à long terme aux Etats endettés», a précisé Christoph Schmidt, président du comité.