Malgré l'unité de façade, les dirigeants des huit pays les plus industrialisés se sont peu entendus sur les dossiers économiques inscrits à l'agenda du sommet du G8. Celui-ci s'est achevé jeudi soir à Sea Island. Principales pommes de discorde: la dette irakienne, les risques que représentent les déficits budgétaire et commercial des Etats-Unis pour l'ensemble de l'économie mondiale et, enfin, l'aide aux pays pauvres.

Les Etats-Unis se sont montrés d'emblée très agressifs sur le sujet de la dette irakienne, 130 milliards de dollars au total. En effet, déjà quelques semaines après le début de l'occupation irakienne, ils exhortaient les créanciers à effacer l'ardoise contractée par l'ancien régime de Saddam Hussein. La France, l'Allemagne et la Russie, trois pays qui étaient opposés à l'intervention militaire en Irak, ont refusé d'entrer en matière. D'autant plus qu'ils sont parmi les plus importants créanciers bilatéraux.

Washington est donc revenu à la charge à Sea Island en mettant en avant un nouveau contexte: le vote unanime du Conseil de sécurité obtenu la semaine dernière qui entérine la passation de pouvoirs à une autorité intérimaire irakienne le 30 juin prochain. C'est le président français Jacques Chirac qui a mené la fronde. Il a fait comprendre que l'Irak est un pays riche puisqu'il possède les deuxièmes réserves pétrolières du monde. «Il ne serait donc pas convenable d'annuler au-delà de 50% de la dette. Sinon, comment expliquerez-vous aux pays pauvres très endettés que l'on va faire en trois mois pour l'Irak plus que ce qu'on a fait en dix ans pour eux?» a-t-il demandé jeudi. En fin de compte, aucune décision n'a été prise à ce sujet.

Un impôt pour les pays pauvres?

Les dirigeants du G8 ont salué le retour de la croissance au sein des pays industrialisés. Mais le président français a souligné à deux reprises les risques que représentent les déficits budgétaire et commercial record américains. Jacques Chirac craint que cela ne donne lieu à une crise de confiance qui ferait chuter le dollar et bondir les taux d'intérêt. «Ces déficits peuvent créer des déséquilibres et obliger à un atterrissage qui pourrait être un peu difficile», a-t-il mis en garde.

Enfin, c'est une proposition du président français lui-même qui a créé un froid à Sea Island. Jacques Chirac a en effet ressorti son idée d'impôt international, une sorte de taxe Tobin, pour financer le développement des pays pauvres. «Ce problème, que j'ai simplement évoqué dans son principe, a été approuvé par certains, mais contesté de la manière la plus ferme par d'autres», a-t-il dit lors d'une conférence de presse jeudi soir. Il a, sans aucun doute, fait allusion aux Etats-Unis qui ont déjà montré leur hostilité à un tel impôt.