Mettons d’emblée les points sur les «i». Primo: les Etats ne peuvent pas vivre au-dessus de leurs moyens et l’équilibre budgétaire n’est pas un objectif vague, mais une nécessité. Deuzio: un Etat qui a emprunté doit rembourser sa dette. Tertio: le système bancaire joue un rôle vital dans l’économie et son affaiblissement constitue un frein à la croissance.

Passons maintenant au vif du sujet. La crise de la dette a explosé fin 2009 en Grèce, avant de se manifester dans presque l’ensemble de la zone euro. Trois pays – Grèce, Portugal et Irlande – sont aux soins intensifs administrés par la troïka composée de la Commission européenne (CE), de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI). Plus concrètement, ces économies, menacées de faillite, ont obtenu des prêts qui leur permettent de rembourser leurs dettes. Le prix à payer: un plan de redressement des finances publiques. Il s’agit de réduire les dépenses publiques et d’augmenter les recettes fiscales. Théoriquement, cette cure devrait renforcer leur compétitivité, donner un coup de fouet aux exportations et, à terme, ramener la croissance. Grâce à celle-ci, elles pourront rembourser leurs dettes, créer des emplois, augmenter le pouvoir d’achat. Bref, c’est ainsi que la Troïka entend remettre le cercle vertueux de la croissance en marche.

Hélas, c’est le contraire qui se produit. Les trois pays s’enfoncent dans la récession. D’autres (Italie, Espagne, Belgique, France, Pays-Bas), dont les finances publiques étaient malades, ont adopté d’importants plans de rigueur, mais se trouvent également dans l’impasse.

Forcément, quelque chose ne tourne pas rond. De plus en plus de dirigeants politiques se rendent à l’évidence qu’il ne suffit pas de se serrer la ceinture pour donner une impulsion à la croissance. Des économistes estiment que de grands travaux publics sont nécessaires en Europe pour créer des emplois, augmenter le pouvoir d’achat et la consommation pour tirer la croissance vers le haut. Une croissance qui, au bout du compte, permettra aux pays d’assainir leurs finances et de rembourser les dettes.

Mais il faut un taux annuel de plus de 2 ou 3% pour cela. Pari difficile plus particulièrement dans des économies qui font par ailleurs face à de nombreux autres problèmes, comme le vieillissement de la population ou l’effritement de la base industrielle. Voilà pourquoi les Européens devraient tirer les leçons des crises passées et adopter de nouvelles recettes pour sortir de l’ornière. Voici quelques pistes pas si non conventionnelles que ça.

Programmes de désendettement

Dans les années 80 et 90, le FMI, le Club de Paris et les pays créanciers ont actionné un vaste programme de désendettement en faveur de dizaines de pays pauvres en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Face à la baisse des prix des matières premières et des recettes d’exportations, ces derniers étaient dans l’impossibilité de rembourser leurs dettes. Il ne s’agissait pas juste d’une idée humanitaire. Les pays à genoux ne sont pas des partenaires économiques intéressants. La Suisse a participé activement à ce programme, d’une part, en finançant un fonds créé par le FMI et, d’autre part, en consacrant elle-même 700 millions de francs pour racheter la dette d’une dizaine de pays. Combiné à d’autres efforts, le programme de désendettement a été un succès.

En Europe, au bout de deux ans de tergiversations notamment autour de la création d’un Fonds monétaire européen, les dirigeants politiques ont fini par accepter une annulation partielle de la dette grecque. Mais de façon insuffisante pour sortir de l’engrenage. Or, il faut un désendettement décisif de sorte que l’argent économisé donne une impulsion aux secteurs productifs.

Qui paiera la facture?

A l’époque, les pays riches et des organisations internationales avaient financé le fonds de désendettement. A présent, pourquoi ne pas solliciter les réserves nationales d’or des pays en difficulté ainsi que celles qui dorment dans les sous-sols du FMI? Le prix du métal jaune a plus que quintuplé en dix ans, autant utiliser cette richesse et permettre à ces économies de respirer.

Dettes illégitimes

De nombreux économistes, et pas nécessairement des radicaux, affirment que les pays débiteurs devraient refuser d’effacer l’ensemble de l’ardoise. Ils n’ont pas tout tort. De nombreux créanciers ont prêté d’énormes sommes sans même s’assurer de la capacité de remboursement de l’emprunteur. Dans beaucoup de cas, le crédit a été consacré à des projets contestables ou aux achats d’armes injustifiés. Selon eux, les créanciers doivent assumer une partie de la dette dite illégitime. En 2007, l’Equateur a négocié un rabais dans ce sens avec succès auprès des créanciers. On sait que la Grèce a emprunté des milliards auprès des banques allemandes et françaises pour s’engager dans une course aux armements face à la Turquie.

Par ailleurs, faut-il vraiment que les quelque 5000 collectivités locales françaises remboursent la totalité des dettes «Tofix» contractées auprès de la banque Dexia, alors même qu’il s’agissait de taux variables, dont certains sont passés de 6 à 12% entre 2010 et 2011?

Dépréciation de l’euro, une décision volontariste

Le FMI a prescrit la dévaluation comme une potion pour donner un coup de fouet aux exportations. Au début du mois, c’est le Malawi qui a dévalué le kwacha de 32%, une mesure qui, selon le FMI, rendra le pays plus compétitif et attractif pour le tourisme.

La monnaie européenne a certes perdu beaucoup de sa valeur depuis quelques mois, liée surtout à l’incertitude politique et économique dans la zone euro. Ce qui n’a pas empêché l’Allemagne d’en profiter et de renforcer ses exportations. Les dirigeants européens pourraient envisager volontairement de déprécier l’euro et de renforcer la compétitivité de l’ensemble de la zone euro. Interrogé sur ce sujet récemment lors d’une conférence publique à Genève, un haut cadre du FMI a fait comprendre qu’une telle mesure peut être négociée pays par pays et non pas par un ensemble. Pourquoi pas?

Ce qui est certain, c’est que la zone euro a besoin de gagner en compétitivité pour conquérir des parts de marché. A présent, ce sont les Chinois qui remportent la plus grande partie des appels d’offres pour des travaux publics ou pour la vente d’équipements à cause de leurs prix moins chers. Lorsqu’on sait que le commerce est l’une des voies incontournables pour la croissance, une dépréciation volontaire de l’euro et décidée collectivement par la zone euro ne serait que bénéfique. La Suisse a bien fixé un taux plancher du franc par rapport à l’euro.