Au cœur des marchés

Dette: ne sommes-nous pas tous des Grecs?

Par François Gilliéron, consultant indépendant

Au cœur des marchés

Dette: ne sommes-nous pas tous des Grecs?

Beaucoup d’Européens ne se sentent pas directement concernés par la tragicomédie grecque. Et pourtant, ce qui se passe à Athènes nous interpelle à plusieurs titres.

Même si le parti d’Alexis Tsipras n’est pas destiné à garder longtemps le pouvoir, il aura osé la rupture, pour ne pas dire la discontinuité, en reprenant à sa manière le fameux discours de Sékou Touré en août 1958 à Conakry: «Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage.» Considérant les ressources naturelles – payables en monnaie forte – de la Guinée, cette option s’est avérée juste sur la durée. Pour les Grecs, c’était plutôt la richesse immédiate, aux frais de l’Europe. Inutile de dire que cette stratégie ne pouvait perdurer à long terme.

D’ailleurs, le passage à la monnaie unique avait été décidé par une classe dirigeante ne pensant qu’à ses intérêts propres, paupérisant en passant tout un peuple et entraînant une perte dramatique de souveraineté pour le pays. On remarquera que d’autres petits Etats qui ont rejoint plus tard la zone euro (Slovénie, Slovaquie) n’ont pas connu de tels dérapages malgré un traitement moins favorable que leurs voisins hellènes.

Autre enseignement: dans nos sociétés tertiaires et informatisées, mieux vaut encore disposer de petites coupures pour assurer l’essentiel. Les queues sans fin à Athènes devant les distributeurs de billets en sont la meilleure preuve. Donc, les théoriciens de sociétés sans espèces sont plus totalitaires que pragmatiques.

Et surtout, si l’on revient au titre de ces lignes, ne serait-il pas temps de cesser de se gargariser de mots? Car, à l’évidence, la propension occidentale à vivre de déficits depuis des décennies dépasse largement la légèreté hellène. Les quantitative easing à répétition de la Fed comme de la BCE relèvent de la même logique, mais cette fois au carré. La seule différence, et elle est de taille, demeure le fait de battre monnaie, élément essentiel de toute souveraineté et qui manque évidemment à la Grèce.

L’histoire tranchera pour savoir si l’Occident financier a basculé dans une irresponsabilité à une échelle encore plus large que les Grecs. Un indice, à ce propos: il y a encore dix ans, les marchés financiers voyaient la dette grecque – risque étatique – aussi bonne que celle des autres grands pays européens. Puis, un jour, l’impensable apparut. Les comptes de l’Etat étaient truqués. Ce fut le début de la descente aux enfers et surtout l’envolée des taux d’intérêt de la dette grecque sur les marchés obligataires.

A sa manière, l’Europe fait à peine mieux: pour un continent vivant à crédit où l’on vit plus confortablement en bénéficiant de l’aide sociale qu’avec un petit revenu, cette problématique nous ramène sans détour aux méthodes d’Athènes.

* Consultant indépendant

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