De la même façon que de nombreux débiteurs s'enfoncent dans les marais du «petit crédit» et n'arrivent plus à honorer leurs engagements, de même 41 pays du tiers-monde ont été engloutis par leur dette. De A, comme Angola avec une dette faciale de 10,1 milliards de dollars (environ 15 milliards de francs) à fin 1997, à Z comme Zambie (6,7 milliards de dollars) en passant par la République démocratique du Congo, le Nicaragua, la Tanzanie ou le Vietnam, ce sont ceux qui ont été pressentis en 1996, conjointement par le FMI et la Banque mondiale, dans le cadre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE, HIPC en anglais) pour que leur endettement soit ramené à un niveau soutenable pour leur économie.

Cette initiative n'est certes pas officiellement agendée pour la session de printemps de l'assemblée du FMI, à laquelle participera le conseiller fédéral Kaspar Villiger, mais ses progrès y seront sans doute évoqués. Car, en joignant les efforts de ces organisations à ceux d'autres organisations multilatérales et des partenaires financiers privés, il s'agit peu à peu de ramener ces pays dans le cercle des participants aux marchés financiers mondiaux. Pour que les investissements puissent y reprendre.

Fin 1998, la dette totale de ces pays représentait environ 157 milliards de dollars selon les statistiques de la Banque mondiale. Le programme PPTE prévoit d'en ramener le niveau global à 68 milliards de dollars. C'est-à-dire à celui où il était dans les années 70.

L'idée n'est pas de totalement l'éliminer puisque, comme l'a rappelé le patron de l'Administration fédérale des finances Ulrich Gygi dans un récent point de presse, «la dette est à rembourser et les créanciers ont le droit de récupérer leurs fonds». Mais à quoi servirait-il, pour ces pays en voie de naufrage financier, de refaire surface si rien n'était amélioré dans leurs structures politiques, sociales ou économiques.

C'est à ce niveau que l'initiative PPTE innove. La dette des 41 pays éligibles dans ce programme ne sera pas purement et simplement effacée. Elle sera par contre renégociée si ces pays s'engagent formellement à faire des efforts pour se réorganiser (voir ci-dessous).

Dans ce sens, le vice-président pour l'Europe de la Banque mondiale, Jean-François Rischard, souligne avec justesse que «tout le monde est invité à résoudre le problème de la pauvreté» qu'implique le cercle vicieux de cette dette. Tout le monde, c'est bien sûr la Banque mondiale et le FMI qui ont été à la base du programme PPTE. Mais ce sont aussi les autres organisations multilatérales et certainement le secteur privé. Ce dernier est tout particulièrement concerné parce que, selon Jean-François Rischard, «s'il y a cinq ans, l'aide officielle et publique aux pays en développement représentait deux à trois fois les flux financiers privés, aujourd'hui ces derniers pèsent cinq fois plus que les flux officiels pour lesquels il faut un espace politique afin de les faire accepter».

Des efforts réduits à néant

Pourtant, même si les programmes à long terme de la Banque mondiale ou les initiatives financières à plus court terme du FMI sont des vecteurs attractifs pour les flux financiers privés – un dollar investi par la Banque mondiale en entraîne ainsi deux du secteur privé –, la question de la volatilité des fonds privés reste essentielle.

Elle est d'autant plus réelle pour les experts des deux organisations que la globalisation des affaires financières favorise les mouvements erratiques de capitaux. Ces dernières années, toutes les crises financières l'ont montré: les flux en apparence irrationnels des capitaux privés peuvent réduire à néant des années d'efforts sur le terrain.

Pour Jean-François Rischard, cette volatilité dépend cependant beaucoup de l'état macroéconomique des pays concernés. Donc, de leurs politiques économiques à long terme. Lesquelles sont évidemment conditionnées par leurs bulletins de santé économique et financière à court et moyen terme. A la Banque mondiale, on parie beaucoup sur l'efficacité des partenariats conclus avec le secteur privé. Au FMI, l'impact des flux financiers privés sur la stabilité macroéconomique est un sujet d'actualité qui sera abordé dans les travaux de cette session de printemps.

La question est toutefois déjà posée au sein du Forum pour la stabilité financière de la Banque des Règlements Internationaux à Bâle. Qui plaide pour le contrôle de ces flux financiers par une meilleure transparence, une plus grande efficacité dans la gestion des risques macroéconomiques et pour une meilleure information statistique.