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Les dettes de Donald Trump auprès de Deutsche Bank inquiètent aux Etats-Unis

La première banque allemande, dans l’attente d’un accord à l’amiable avec la justice américaine, aurait prêté 2,5 milliards de dollars en 20 ans au futur président américain

Deutsche Bank est l’un des plus gros créanciers de Donald Trump. Selon le quotidien américain «Wall Street Journal», les sociétés du milliardaire ont emprunté 2,5 milliards de dollars auprès de la première banque allemande depuis 1998. Le groupe américain aurait reçu 170 millions de dollars de Deutsche Bank rien que pour la transformation de l’ancienne poste de Washington en hôtel de luxe, et 125 millions de dollars pour la construction du Trump Doral Golf Club à Miami. Ces chiffres proviennent d’informations sur sa fortune et ses dettes que Donald Trump a dû communiquer à l’administration américaine dans le cadre de la campagne électorale.

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Selon les estimations, les dettes du milliardaire à l’égard de Deutsche Bank s’élèveraient aujourd’hui à quelque 350 millions de dollars. Mais la somme pourrait être nettement plus élevée: face à plusieurs lignes de crédit ne figure que la mention vague de «plus de 50 millions de dollars».

Liens étroits et anciens

Les liens entre le groupe Trump et Deutsche Bank sont anciens. Mais Deutsche Bank est la seule à avoir continué à prêter rubis sur l’ongle après différents accidents de parcours émaillés de faillites du magnat américain. Deux crédits accordés en 2012 et 2015 – à l’époque, aucun autre institut de Wall Street n’accordait plus de crédit à Donald Trump – arrivent à échéance en 2023 et 2024 et seront renégociables au cours de la présidence Trump.

De New York à Francfort en passant par Berlin et Washington, ces liens étroits entre le nouveau président américain et la première banque allemande sont aujourd’hui considérés comme problématiques. Selon le magazine allemand «Der Spiegel», un groupe d’influents députés démocrates américains a fait parvenir à différents ministres de Barack Obama un courrier s’émouvant de ces liens. D’autant que l’avenir de Deutsche Bank dépend du gouvernement américain. L’actuelle ministre américaine de la Justice, Loretta Lynch, avait exigé une pénalité de 14 milliards de dollars de Deutsche Bank en raison de l’octroi de prêts hypothécaires douteux qui auraient contribué à la crise financière de 2008. Le patron de Deutsche Bank John Cryan tente depuis septembre de négocier la somme à la baisse. Selon les observateurs, Deutsche Bank aurait le plus grand mal à verser un tel montant de pénalité sans faire appel à l’aide de l’Etat allemand. Mais la loi américaine interdit au président d’être créancier d’une banque publique étrangère.

«Un énorme problème»

Ce n’est là que l’un des nombreux conflits juridiques qui menacent la santé de Deutsche Bank, impliquée dans plus de 6000 procès à travers le monde. Mais l’affaire traîne, et il est de moins en moins probable que le dossier soit résolu sous l’administration Obama. D’où les grincements de dents dans les rangs des démocrates. Deutsche Bank pourra-t-elle influencer le prochain président américain, comme le pense l’analyste américain David Dayen? Ou Donald Trump sera-t-il au contraire tenté de faire preuve d’une sévérité exemplaire envers la banque allemande pour couper court aux accusations de conflits d’intérêts? «La relation de Donald Trump avec Deutsche Bank est un énorme problème, estime Richard Painter, professeur de droit à l’Université du Minnesota. Personne ne sait exactement combien d’argent il doit à qui. Et personne ne sait donc à quel point il est dépendant de qui. On peut déjà se demander si lui et ses ministres pourront s’attaquer avec le soin nécessaire à la régulation de l’industrie financière.»

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