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Deutsche Bank change de capitaine

La nomination de l’Allemand Christian Sewing, 47 ans, va rassurer le monde économique et politique du pays. Elle pourrait amorcer un changement de stratégie historique pour l’établissement

Dans l’espoir de sortir de la crise dans laquelle elle se débat depuis des années, la première banque allemande Deutsche Bank a remercié dimanche soir son PDG britannique John Cryan pour le remplacer par un Allemand. Ce remplacement pourrait amorcer un changement de stratégie historique pour l’établissement, au profit de la banque de détail et aux dépens des activités de banque d’investissement.

«Le conseil de surveillance de Deutsche Bank a nommé Christian Sewing au poste de PDG avec effet immédiat, il succède à John Cryan qui quittera la banque à la fin de ce mois», a indiqué l’établissement francfortois dans un communiqué. Sa désignation va marquer une inflexion du cap de la banque.

Christian Sewing, 47 ans, était en effet chargé pour l’instant de la banque de détail et des particuliers. Il s’impose en interne dans la course à la succession face à l’autre «prince héritier», Marcus Schenck, responsable de la banque d’investissement. L’homme a effectué pratiquement l’intégralité de sa carrière chez Deutsche Bank. Il y a commencé tout en bas de l’échelle par un apprentissage comme employé de banque et est de ce fait apprécié des salariés.

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«Le conseil de surveillance est convaincu que lui et son équipe vont réussir à conduire Deutsche Bank dans une nouvelle ère», a déclaré le président de l’instance de contrôle de l’établissement, Paul Achleitner.

Des exercices déficitaires

Sa nomination est aussi de nature à rassurer le monde économique et politique allemand, pour qui Deutsche Bank avait les yeux trop rivés sur Wall Street et pas assez sur le financement du tissu industriel national.

Pour le journal économique Handelsblatt, l’arrivée de Sewing risque en revanche d’être accueillie avec «scepticisme» par les marchés financiers. Ces derniers attendaient plutôt la nomination d’un spécialiste de la banque d’investissement, secteur certes en crise mais qui, avec 40 000 employés, continue à générer la plus grande part du chiffre d’affaires.

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L’actuel PDG britannique était dans la tourmente suite à trois exercices déficitaires d’affilée, dont une perte nette de 735 millions d’euros et un chiffre d’affaires en baisse de plus de 12% en 2017. John Cryan a réussi en partie à assainir la situation de la principale banque allemande en termes de revenus, en réglant de nombreux litiges judiciaires, notamment aux Etats-Unis. Mais en partie seulement.

Il n’a pas pu résoudre le problème principal: après avoir été longtemps sa locomotive, la banque d’investissement est devenue le boulet de Deutsche Bank, qui ne s’est jamais vraiment remise de la crise financière de 2007-2008.

«L’entreprise la plus dysfonctionnelle»

A partir du début des années 2000, sous l’impulsion du Suisse Josef Ackermann, l’établissement a donné la priorité à ce segment glamour, cherchant à jouer dans la même cour que les géants américains et méprisant la banque de détail.

La crise financière a mis fin à une phase de rapide expansion. Aujourd’hui, la presse spécule régulièrement sur un possible plan de sauvetage du gouvernement allemand pour redresser cet ancien fleuron, symbole de la puissance financière de la première économie européenne.

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Un des grands actionnaires de Deutsche Bank, Union Investment, a tiré fin janvier la sonnette d’alarme. «Si dans les deux ans environ les revenus ne se sont toujours pas redressés, nous pourrions assister à ce qui semble aujourd’hui inimaginable, le démantèlement de la banque et sa fusion avec d’autres grandes banques européennes», a déclaré son responsable, Ingo Speich.

L’ampleur des difficultés chez Deutsche Bank est apparue récemment au grand jour lorsqu’une de ses dirigeantes, Kim Hammonds, a parlé de «l’entreprise la plus dysfonctionnelle» où elle ait travaillé. Et l’établissement a essuyé de vives critiques du monde politique allemand en raison des bonus généreux qu’il continue à verser à ses cadres malgré ses pertes: 2,2 milliards l’an dernier contre 546 millions l’exercice précédent. Deutsche Bank a vu son cours en bourse perdre près de 30% de sa valeur depuis janvier.

Christian Sewing parviendra-t-il à redresser la barre? «Je doute qu’un nouveau PDG réussisse la transition car Deutsche Bank semble avoir un problème de fond», a indiqué à l’AFP Markus Riesselmann, analyste de l’institut Independent Research.

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