La première banque privée allemande, Deutsche Bank, a amorcé jeudi le revirement stratégique annoncé en avril après la rupture de son projet de fusion avec Dresdner Bank, avec le regroupement de ses activités de banque de détail européennes. Lorsque Deutsche et sa concurrente Dresdner avaient présenté en mars leur projet d'union, il n'était guère question que de banque d'investissement, et le groupe fusionné comptait se retirer presque complètement du marché de banque de détail jugé peu dynamique en Allemagne. Jeudi, Deutsche Bank a annoncé qu'elle allait rassembler ses activités de banque de détail en Europe sous le toit de sa filiale allemande Deutsche Bank 24. Ces informations ont été données lors d'une conférence de presse sur les résultats semestriels de Deutsche Bank, résultats qualifiés de records: le bénéfice net sur six mois a en effet progressé de 114,6% à 3,78 milliards d'euros et le résultat imposable a atteint 4,885 milliards (+118,8%).

La nouvelle entité comptera 21 000 employés, 10,5 millions de clients et 2000 agences. Il s'agit de transposer dans six autres pays européens – Italie, Espagne, France, Portugal, Belgique et Pologne – le concept actuellement appliqué en Allemagne, et qui s'adresse surtout aux particuliers dotés de patrimoine. Deutsche Bank n'a livré aucun calendrier pour ses projets, se contentant de dire qu'elle espérait 13,5 millions de clients en 2004, et un bénéfice opérationnel à environ 1 milliard d'euros, contre 400 millions d'euros attendus en 2000.

Retour à l'ancienne stratégie

Au lendemain de la rupture entre Deutsche et Dresdner, incapables de s'entendre sur le secteur de la banque d'affaires, Rolf Breuer, patron de Deutsche Bank, avait annoncé un retour à l'ancienne stratégie de la banque. Celle-ci, basée sur le développement de Deutsche Bank 24, et de la banque d'investissement grâce à la banque britannique Deutsche Morgan Grenfell et l'américaine Bankers Trust, n'était «pas fausse», avait-il martelé. Interrogé sur ce point lors de la conférence, Rolf Breuer a affirmé qu'«il n'a jamais été question de vendre les activités de banque de détail dans le cadre de la fusion, et de ce fait, il n'y a pas de changement de concept. C'est un malentendu», a-t-il dit.

Certaines idées soulevées à l'époque sont d'ailleurs toujours d'actualité, comme celle de «coopération» de Deutsche Bank 24 avec un autre groupe. Allianz est ainsi toujours sur les rangs pour entrer au capital de Deutsche Bank 24. Mais l'assureur n'est visiblement plus le seul: l'établissement allemand parle notamment avec des groupes français, a-t-on précisé sans livrer de noms. Le partenaire idéal, selon Rolf Breuer, «ne doit pas être un simple passager, il doit apporter de la valeur ajoutée», sous forme de clients supplémentaires, de partage de coûts ou de positionnement géographique. Les activités de banque de détail sont profitables, a-t-il souligné pour appuyer ses exigences. Une entrée en Bourse de Deutsche Bank 24 est également toujours à l'étude.

Amélie Herenstein/AFP