Les avocats défendant des plaintes en nom collectif contre la Deutsche Bank et des entreprises allemandes accusées d'avoir employé des travailleurs forcés sous le nazisme ont refusé une offre qui aurait dépassé 1,3 milliard de dollars, a-t-on appris lundi à Washington de source proche des négociations.

Cette offre, faite il y a une semaine et demie, a été «platement refusée» par les avocats des survivants de l'Holocauste qui ont déposé depuis l'automne 1998 des plaintes en nom collectif contre la première banque allemande et une série d'entreprises ayant employé des travailleurs forcés, a indiqué cette source, sous le couvert de l'anonymat. Deutsche Bank a offert 500 millions de DM (environ 410 millions de francs) et l'industrie allemande entre 500 millions et un milliard de dollars, a-t-on indiqué de même source.

«Les mains pleines d'argent»

Cette information a été connue alors que débutait dans la capitale fédérale, sous les auspices du sous-secrétaire d'Etat Stuart Eizenstat, une série de rencontres entre les différents acteurs du dossier: le ministre allemand à la Chancellerie, Bodo Hombach, le président du directoire de DB, Rolf Breuer, le Congrès juif mondial (CJM) et les avocats défendant les plaintes en nom collectif. Rolf Breuer vient à Washington «les poches pleines d'argent», a commenté cette source.

Le secrétaire général du Congrès juif mondial (CJM), Israël Singer, s'est félicité de cette réunion à Washington avec le président de la Deutsche Bank, Rolf Breuer, indiquant que, «si cela continue, il n'y a pas de raison» de s'opposer à la fusion prévue avec l'américaine Bankers Trust.

Le cas de Deutsche Bank avait été encore aggravé par un rapport d'une commission d'enquête indépendante indiquant jeudi que la banque avait aidé au financement de la construction du camp de concentration d'Auschwitz.

Le président de la Deutsche Bank, Rolf Breuer, parti ce week-end aux Etats-Unis pour tenter de trouver une solution à l'indemnisation des travailleurs forcés sous le nazisme, a tracé les grands traits de ce que pourraient être ces réparations dans le quotidien Bild à paraître mardi. «Une solution telle que je me la représente devrait rendre justice au passé et aussi contribuer à ce que de telles abominations ne se reproduisent pas», a-t-il affirmé.

La pointe émergée de l'iceberg?

Un fonds d'indemnisation devrait ainsi comporter «des indemnisations pour les victimes de l'Holocauste encore vivantes aujourd'hui, qui ont vécu de l'autre côté du rideau de fer après-guerre et qui n'ont pas ou pas suffisamment été indemnisées jusqu'à présent», a-t-il ajouté. Mais le fonds devrait aussi avoir «des moyens d'encouragement aux recherches sur l'Holocauste et aux projets communs de réconciliation», a ajouté Rolf Breuer. «Je suis optimiste sur le fait que nous arriverons à un accord à Washington», a-t-il ajouté. Au sujet des révélations à propos de la participation de sa banque au financement du camp d'Auschwitz, Rolf Breuer a estimé qu'elles pouvaient n'être que la pointe émergée d'un iceberg.

«Il reste encore des archives inexploitées dans des pays d'Europe centrale comme la République tchèque, la Bulgarie ou la Roumanie. Personne ne peut prédire ce que ces dossiers contiennent», a-t-il souligné.

Ed Fagan, principal avocat de plaignants juifs contre des compagnies accusées de collusion avec les nazis, avait affirmé samedi détenir assez de preuves pour «démolir» la Deutsche Bank, première banque privée allemande.

Rolf Breuer a appelé les banques allemandes à «faire face à leur passé pas toujours glorieux, dans le sens d'une responsabilité morale et éthique».

LT/AFP