Pour le compte de qui et à qui la Deutsche Bank a-t-elle vendu 44 millions d'actions Deutsche Telekom mardi dernier? C'est notamment ce que va tenter de découvrir une enquête diligentée par le gendarme boursier allemand. La Deutsche Bank se retrouve dans le collimateur des autorités qui ont ouvert une enquête à propos de la vente d'un paquet d'actions de l'opérateur téléphonique. La vente réalisée mardi 7 août portait sur un milliard d'euros. Cette opération a fait perdre en quelques jours plus de 20 milliards d'euros de capitalisation boursière au groupe de télécommunications.

Lundi dernier, Ulrich Lissek, l'analyste télécoms de la banque, émettait une recommandation positive sur le titre de l'ancien monopole public avec un objectif de prix à 30 euros. Le lendemain, ses collègues courtiers vendaient à 23,60 euros un énorme paquet de titres pour le compte d'un tiers. La manipulation paraît grossière. La banque a privilégié son client en émettant une note positive la veille d'une cession de titres, ce qui lui a permis d'empocher une meilleure commission.

Deutsche Telekom n'avait pas besoin d'une telle mésaventure. Son titre se trouve dans une passe délicate puisque la période de lock-up (qui interdit aux actionnaires de se séparer de leurs titres) consécutive au rachat de VoiceStream aux Etats-Unis arrive à expiration dans quatre semaines. Les observateurs qui s'attendaient à voir affluer les ordres de vente sur le titre ont été devancés dans leurs prévisions.

Pour la banque, l'affaire n'en est pas une. Un porte-parole a affirmé qu'il existait une séparation nette, la fameuse «muraille de Chine», entre les analystes et les courtiers. Un argument qu'il faudra étayer auprès des autorités boursières au moment où des enquêtes, comme celle de la SEC aux Etats-Unis notamment, tentent de démontrer que cette fameuse muraille tient souvent du mirage.