Les débats à court terme sur la direction de l’économie chinoise, de l’inflation et du yuan (ou renminbi) se tiennent hors de Chine. Une chose est certaine, depuis sa libéralisation en 2005, la devise chinoise poursuit une longue et sûre marche d’appréciation. Bien qu’elle ne soit pas convertible et que sa parité soit fixée quotidiennement par la banque centrale, elle se libéralise progressivement et peut déjà être traitée sur les places de Taïwan, Hongkong et Londres.

Les mouvements sont donc modérés et souvent perçus comme des manipulations afin de maintenir la compétitivité des exportations chinoises.

Cependant, penser que la manipulation du change prime sur le reste revient à ignorer le projet de la Chine et le gouffre qui existe entre les horizons temporels à court terme des Occidentaux et la patience des Asiatiques. La Chine a accumulé pour plus de 3000 milliards de dollars de réserves de change en dix ans. Signe extérieur de puissance économique, cela reflète l’étendue des déséquilibres commerciaux et surtout l’inconfortable dépendance mutuelle entre la Chine et ses partenaires commerciaux, en particulier les Etats-Unis. La Chine ne peut que très progressivement défaire un déséquilibre d’une telle ampleur et c’est précisément ce que le pays s’est engagé à faire. L’appréciation du renminbi est en ligne avec le plan quinquennal de 2011-2015 dont l’objectif est de faire migrer le modèle de croissance chinois de l’exportation vers la consommation domestique. Le rythme plus modéré d’accumulation des réserves de change le montre déjà.

Quant à la mécanique d’appréciation du renminbi, il existe un parallèle entre le parcours suivi par les autorités chinoises aujourd’hui et allemandes en 1948. Lorsque le deutsche mark a remplacé le reichsmark, il n’était pas convertible et surtout fortement sous-évalué. Au cours des années, l’ascension du deutsche mark a découlé de son internationalisation, de la croissance et des progrès en productivité et compétitivité de l’économie allemande. Bien que les prévisions de croissance économique de la Chine de 7,5% pour 2012 soient les plus basses depuis treize ans, le taux d’inflation de 2% laisse aux autorités de grandes marges de manœuvre pour stimuler l’économie. Le risque pour la Chine réside dans l’ampleur du projet de transition économique et le temps nécessaire à son exécution tout en maintenant la paix sociale au travers d’un niveau de chômage bas, ce qui est actuellement le cas. Pékin maintiendra sûrement le cap malgré les difficultés car la vraie compensation, au-delà de l’internationalisation de la monnaie, sera de l’avoir élevée au rang de monnaie de réserve pour les principales banques centrales. L’appréciation du yuan, qui est toujours sous-évalué, ne sera pas linéaire mais elle se poursuivra et les investisseurs ne pourront que bénéficier en diversifiant leur exposition vers cette monnaie.

* Responsable des marchés émergents, HSBC Private Bank (Suisse) SA