Les quelque 14 000 petits actionnaires en colère qui se sont lancés à l'assaut du géant européen des télécommunications Deutsche Telekom, dans l'un des plus colossaux procès civils de l'histoire, ont obtenu un premier succès mardi devant le Tribunal de grande instance de Francfort. Son président Meinrad Woesthoff a critiqué la méthode d'estimation par analogie (cluster) de la valeur des immeubles utilisée par Deutsche Telekom, qui pourrait ne pas être conforme à la loi. Les plaignants, qui réclament plus de 100 millions d'euros de dommages et intérêts pour les pertes subies lors de l'éclatement de la bulle des télécoms en 2000, seront dès lors amenés à faire la preuve que ce type d'estimation a conduit à des résultats faussés et aurait donc provoqué leurs pertes.

Pour ce procès, qui pourrait faire jurisprudence, le juge a choisi 10 cas représentatifs parmi les 2100 plaintes, émanant de 14 000 actionnaires soutenus par 630 avocats. Un traitement ordinaire aurait occupé le tribunal à plein temps durant plus de dix ans. Rien que les pièces produites par Deutsche Telekom pèsent plus de huit tonnes, et le juge a mis trois ans pour préparer le procès. Déjà il faut s'attendre à ce que la procédure dure plusieurs années puisque le président a déjà agendé la deuxième audience de négociations en été 2005.

La colère des petits actionnaires est liée au prospectus d'émission. L'entreprise aurait surévalué son patrimoine immobilier (35 000 immeubles), amorti à hauteur de 2 milliards quelques mois après. Elle a aussi négligé de signaler son intention d'acheter la société américaine VoiceStream pour 40 milliards de dollars, et enfin mal évalué les réserves de sa caisse de retraite.

Economies parties en fumée

Sur ces deux derniers points, le président du tribunal a d'ores et déjà débouté les plaignants. Il a également exclu des réclamations pour dommages et intérêts à l'ancien patron du groupe, Ron Sommer, contraint à la démission en été 2002.

Les petits actionnaires, souvent des retraités qui ont investi leurs économies, avaient été subjugués par la bulle Internet. Le titre Deutsche Telekom avait flambé jusqu'à 66,5 euros en 2000 lors de la mise en Bourse de 200 millions de nouvelles actions, avant de retomber à 8,59 euros. Mardi, l'action a connu un léger fléchissement, à 15,86 euros (–0,65%).